VOUS EMPÊCHEZ D'ENTRER
Ex 8, 4-11 ; Mt 21, 33-46
(6 septembre 1991)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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ésus reprochait aux scribes et aux pharisiens leur hypocrisie c'est-à-dire leur attachement légaliste à la lettre sans avoir l'esprit, s'attacher à l'or plus qu'au sanctuaire, s'attacher aux apparences plus qu'à la profondeur des choses. Et à cause de cela les pharisiens et les scribes n'entrent pas eux-mêmes dans le Royaume de cieux, mais qui plus est, ils empêchaient les autres d'y entrer par le scandale créé dans le cœur des autres ou par des règles impossibles à accomplir qu'ils leur imposaient. "Vous n'entrez pas vous-mêmes et vous ne laissez pas entrer ceux qui le voudraient."
Il ne sert à rien de faire de l'histoire plus ou moins fantaisiste et de revenir au passé pour nous indigner de ce que faisaient les pharisiens ou les scribes, il faut que nous appliquions ces paroles qui sont des paroles vivantes, des paroles actuelles de Jésus, à ce que nous sommes, nous aujourd'hui. Ne sommes-nous pas souvent l'équivalent de ces pharisiens ou de ces scribes hypocrites attachés à toutes sortes de convenances, de choses extérieures, d'apparences, en particulier dans le domaine de la religion ou de la morale, sans en vivre l'esprit profond, c'est-à-dire l'esprit de la miséricorde de Dieu ? Et dès que nous condamnons tel ou telle pour sa conduite ou son manque de piété ou pour tout autre raison, nous sommes déjà des hypocrites parce que nous condamnons une pratique en manquant à un esprit qui est celui de l'ouverture du cœur et de la miséricorde de Dieu. Devant nos frères qui peut-être se trompent, qui peut-être agissent mal, nous devrions d'abord penser que nous n'agissons pas très bien nous-mêmes, et surtout penser avec le cœur de Dieu. Quand quelqu'un agit mal, il ne s'agit pas de le condamner, de le rejeter, de le montrer du doigt, de cesser de le fréquenter, il s'agit de désirer son bonheur c'est-à-dire son salut, sa conversion et cela ne se fait pas par des imprécations ou par des ordres, ou en accumulant toutes sortes de commandements. Sauver quelqu'un qui se perd cela ne peut se faire que par un surcroît d'amour et un désir intense, dans notre cœur. Désir qui ne peut pas se traduire par des remontrances, sans quoi nous risquons souvent d'apparaître comme une caricature du christianisme ou du judéo-christianisme, cette caricature dont certains journaux ou médias font des gorges chaudes.
Et c'est notre faute à nous chrétiens qui avons donné, et les prêtres en tête, cette impression d'intolérance, d'étroitesse d'esprit, de manque de cœur et d'ouverture. C'est nous qui poussons à l'erreur ceux qui nous jugent du dehors et qui ne connaissent pas le vrai esprit du Christ, et nous leur fermons la route de l'évangile. Peut-être qu'ils n'en ont pas tellement envie, c'est possible. Mais si par hasard ils avaient le désir d'entrer dans l'évangile, ils en y seraient dégoûtés par cette caricature que nous en donnons bien souvent.
Examinons notre cœur. Peut-être que non seulement nous nous mettons à côté de la miséricorde de Dieu, mais encore nous la rendons opaque, obscure et indéchiffrable pour ceux qui en auraient besoin.
AMEN