NÉCESSITÉ DE L'UNITÉ PERSONNELLE
Ex 7, 26- Ez 8, 2 ; Mt 21, 28-32
(5 septembre 1991)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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a leçon de cet évangile, c'est la possibilité pour l'homme d'avoir un cœur non conforme à ses lèvres ou des lèvres non conformes à son cœur. Notre plus grand péché commun, c'est de vivre ce que nous sommes en pièces détachées, notre désir non conforme à notre volonté, notre humanité comme cassée en mille morceaux que nous essayons souvent de recoller tant bien que mal pour lui donner quelque cohérence devant nous, devant les autres ou devant Dieu. Il y a dans notre entreprise comme un désespoir profond de recoudre ensemble des éléments qui vont toujours de part et d'autre. Il suffit d'ailleurs que quelque maladie nous assaille dans notre corps pour que des éléments plus puissants en détachent : la souffrance, la douleur, la peine, l'angoisse qui accentuent les sillons qui opposent notre esprit, notre corps ou notre âme.
L'enjeu de notre vie est fondé sur l'unité de notre personne. Nous nous sentons éparpillés, non cohérents. C'est là l'œuvre du démon, c'est là l'œuvre du mal et celui du péché que de nous proposer, de nous faire croire que nous sommes en mille directions, orientés vers mille directions à la fois. Le plus grave est donc quand le cœur n'est pas en accord avec nos paroles.
Le Christ préfère que l'homme ou la femme se trouve unifié dans son péché comme le publicain ou la prostituée, parce qu'il lui sera plus facile de le retourner et dans son entier de s'ordonner à Dieu, de se retrouver en Lui. Le pire de l'hypocrisie, puisque c'est elle qui est dénoncée, c'est de se leurrer soi-même, de se faire croire qu'une partie de nous est ordonnée à Dieu alors que le reste ne suit pas. Le pécheur a au moins la possibilité de se retourner, de se retrouver dans l'humilité pour reprendre le chemin.
Le fond de cet évangile n'est pas que le péché est préférable à l'hypocrisie, mais c'est l'unité fondamentale de la personne. Jésus ne parle pas qu'à l'esprit de l'homme, qu'à une partie de l'homme. Il parle à l'ensemble de l'homme, corps compris. Il parle à un homme uni, unifié.
Pour nous aujourd'hui, le ciment de l'unification personnelle et intérieure, c'est la grâce, la grâce de l'eucharistie, la grâce de la pénitence. La grâce est le liant qui permet à tous les éléments épars de notre personnalité de s'unifier un instant.
Mieux vaut ainsi viser bas que viser haut, mieux vaut viser dans l'humilité de la demande de pardon que dans la volonté de tenir face à Dieu, mieux vaut s'unifier dans une démarche humble par rapport à nos péchés que dans une volonté de tenir debout par nous-même sans la grâce, ce qui reviendrait à devenir des hypocrites par rapport à nous.
Demandons au Seigneur que cette couture, cette unité, se fasse à l'intérieur de nous, qu'elle se fasse avec toutes nos faiblesses, toutes nos craintes, qu'elle ne se fasse pas sans elles, sans ces péchés, qu'Il se fasse peut-être à un point bas parce que de ce point bas nous serons élevés jusqu'à la gloire de Dieu.
AMEN