CELA NE T'ARRIVERA PAS
Ex 4, 19-23 ; Mt 16, 21-28
(14 août 1991)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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ette première annonce de la Passion par Jésus a lieu immédiatement après la profession de foi de Pierre qui lui a dit : "Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant !" Elle précède de quelques versets la Transfiguration du Christ. Nous sommes à un tournant dans la prédication du Christ. Après l'enthousiasme des foules apparaît le malentendu. Jésus n'est pas le messie qu'attendent les foules. Elles attendent un libérateur politique et Jésus est un libérateur du cœur. C'est pourquoi Jésus pressent déjà que les foules vont peu à peu s'éloigner de Lui et que l'emprise des scribes, des chefs du peuple qui lui sont hostiles va se faire de plus en plus forte et aboutira à ce divorce total entre Lui et le peuple d'Israël qui était pourtant le peuple messianique qui, dans le dessein de Dieu, était appelé à participer à ce salut du monde en union avec le Messie. Jésus va être rejeté, va être laissé seul. Finalement Il sera tué. Mais le troisième jour Il ressuscitera.
Cette première annonce de la Passion suscite de la part de Pierre un geste de refus absolu. "Non ! Dieu t'en préserve, cela ne t'arrivera pas !" Pierre qui avait compris la première partie de cette prédication galiléen, Pierre qui, à travers les miracles et les gestes de miséricorde, à travers les enseignements de Jésus, avait compris qu'Il était vraiment le Messie, le Fils de Dieu qui venait en ce monde, Pierre qui avait fait cette confession de foi dont Jésus avait dit : "Ce n'est pas la chair ni le sang qui t'ont inspiré ces paroles mais mon Père qui est dans les Cieux !" Pierre maintenant confronté à la Passion, à l'annonce de l'échec et de la mort du Christ, Pierre réagit humainement. La prédication de la bonne nouvelle, la gloire, soit, mais l'échec, l'humiliation la croix, la mort, non ! Et Jésus qui lui disait naguère : "C'est mon Père qui t'a inspiré ces paroles" lui dit maintenant : "Tes pensées ne sont pas celles de Dieu mais celles des hommes !" Et Jésus va même jusqu'à l'appeler Satan c'est-à-dire tentateur. "Tu es pour Moi comme un Satan !" comme quelqu'un qui veut me détourner de ma voie, comme d'ailleurs Satan l'avait fait au début de la vie publique de Jésus lors des trois tentations au désert qui toutes avaient pour but de détourner le Christ de la croix et du salut des hommes par la miséricorde et le sacrifice. Pierre reprend ici des idées qui ne sont pas celles du cœur de Dieu mais qui sont celles de l'esprit de ce monde, du prince de ce monde.
Il est remarquable que l'évangile n'hésite jamais à nous montrer la faiblesse de Pierre. D'autres passages nous montreront son manque de courage, son manque de confiance, son caractère un peu primesautier, sa façon d'aller tout droit et puis de le regretter. Quand il marche sur la mer, il s'enfonce, quand Jésus est arrêté, il le renie, etc ... L'évangile n'a jamais craint de montrer Pierre sous son côté le plus humain, le plus faiblement et fragilement humain. Non pas pour le diminuer, mais pour manifester que cette affirmation, cette confession de foi sur laquelle Jésus a dit qu'Il bâtirait son Église promesse qu'Il lui renouvellera après la Résurrection, quand, par trois fois, Il lui demandera "Pierre, M'aimes-tu ?" toi qui M'a renié, "M'aimes-tu plus que ceux-ci ? - Oui Seigneur, je T'aime, Tu le sais ! - Sois le pasteur de mes brebis !" cela veut bien montrer que cette confession de foi ne venait pas des forces humaines de Pierre, qu'elle lui a été inspirée par Dieu et que la charge qui lui est confiée n'est pas due à une supériorité qu'il aurait par rapport aux autres disciples, mais en fonction d'un choix gratuit.
Pour nous aussi le choix de Dieu qui ne fait pas de nous ni le prince des apôtres ni des papes, ni des évêques mais des disciples, ce choix de Dieu est gratuit. Ce n'est pas en fonction de la profondeur de nos pensées, ce n'est pas en fonction de l'intensité de notre prière, ce n'est pas en fonction de notre sainteté que nous sommes choisis. Nous sommes choisis par Dieu gratuitement, parce qu'Il nous aime. Et nous ne devons pas nous glorifier de ce choix, ni en chercher des raisons dans nos propres vertus et qualités. Nous devons savoir que tout vient de Dieu, tout vient de Dieu seul, et que tout est parfaitement immérité, gratuitement immérité. Et c'est cela qui doit nous donner à la fois confiance, joie et paix. Cela ne dépend pas de nos qualités ni de nos capacités. Bien sûr nous devons mettre en œuvre toutes nos capacités, tout ce que nous sommes pour faire réussir le choix de Dieu, pour l'amener à sa plénitude.
Judas a été choisi aussi et il a trahi. Il est donc possible de nier le dessein de Dieu. Les juifs que Dieu appelait à être messianique ont refusé de l'être et ont laissé Jésus tout seul. Notre liberté peut mettre en échec le dessein de Dieu. Mais ce dessein nous dépasse et sa réalisation se fait par pure grâce. Mais nous devons ouvrir notre cœur à ce dessein que Dieu établit pour chacun de nous dans notre vie.
AMEN