DIEU PARLE À TRAVERS NOTRE FRAGILITÉ

Ex 4, 10-16 ; Mt 16, 13-20

(12 août 1991)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

D

ans la Bible, que ce soit l'Ancien ou le Nou­veau Testament, nous avons une constante qui se trouve dans les deux textes de ce jour. C'est celle de la fragilité humaine par laquelle Dieu passe pour se révéler Lui-même. C'est celle de Dieu qui se retrouve face à des hommes incapables de par­ler.

En effet, le premier texte nous rappelle que Moïse disait à Dieu : "Je ne suis pas doué pour la parole car ma bouche et ma langue sont pesantes". Et Dieu l'incite à aller au-delà, à avoir confiance dans le don qu'Il lui fait de pouvoir transmettre à des hommes son message. Et dans le Nouveau Testament, vous le savez, Pierre n'est pas sorti de l'ENA, il n'a pas fait saint Cyr, donc semble-t-il, il test pas à même, lui le pauvre pêcheur de Galilée, d'exprimer dans toute sa plénitude, du moins le croyons-nous parfois, toute la plénitude du message divin. Pourtant le passage que nous venons de lire relate un moment capital car c'est de la révélation même de la personne de Jésus qu'il s'agit. Pierre dit : "Tu es le Christ, le Fils de Dieu !" C'est la grande question, c'est la question que tous les hommes se posent : "Mais qui est-Il cet homme ?" Pierre répond à la question, pour le coup posée par Jésus Lui-même : "Pour vous, qui suis-Je ?"

Cette parole que des êtres ont à transmettre s'est révélée au fur et à mesure de l'histoire du salut. Si nous parcourions la Bible, nous trouverions d'au­tres exemples d'hommes qui ne savaient pas annoncer la Parole et qui pourtant étaient des prophètes, c'est-à-dire des hommes choisis par Dieu pour être les porte-paroles, les "hauts-parleurs" de la voix de Dieu. Je n'ai pas dit les beaux parleurs mais les haut-parleurs. Pour ces hommes, il s'agit donc de passer au-delà de ce qu'ils se considèrent, eux-mêmes, pour avoir l'hu­milité de transmettre, d'être les instruments de Dieu qui vont permettre à d'autres hommes de recevoir la Révélation.

Et cette constante de l'Ancien et du Nouveau Testament se manifeste encore aujourd'hui à travers l'Église. Dieu passe à travers l'humilité de sa servante qu'est l'Église pour transmettre sa Parole. Il passe à travers les prêtres plus ou moins beaux parleurs pour justement transmettre sa Révélation, dire à son peuple le motif de son amour. Mais la fonction prophétique existe aussi dans le peuple de Dieu puisque le peuple de Dieu, son Église, ce que vous êtes, est aussi choisi. Chacun d'entre vous est choisi par Dieu pour être, à travers votre personne, selon vos qualités et sans vous diminuer, ce qui va permettre à Dieu de se dire à tra­vers les siècles, à travers l'histoire, à travers les hom­mes.

Pour vous faire comprendre cela je voudrais vous rappeler un texte du concile de Vatican II qui précise que la Révélation a été tout entière donnée à un moment de notre histoire. "Dans le Christ Sei­gneur, toute la révélation du Dieu Très-Haut trouve son achèvement. La bonne nouvelle annoncée par les Prophètes et accomplie en sa personne, Il L'a pro­mulguée de sa bouche et Il a donné aux apôtres l'or­dre de la prêcher à tous, comme la source de toute salvatrice et de toute règle morale, en même temps qu'ils communiqueraient les dons de Dieu".

Les apôtres exécutèrent fidèlement cet ordre. Par leur prédication, par leur exemple, par les institu­tions qu'ils établirent, ils transmirent ce qu'ils avaient appris de la bouche du Christ, en le voyant vivre et agir et aussi ce que le saint Esprit leur suggérait. Mais pour que l'évangile soit continuellement gardé intact et vivant dans l'Église, les apôtres laissèrent pour leur succéder les évêques auxquels ils confièrent le pou­voir d'enseigner à leur place.

C'est un texte très important parce que la Ré­vélation, la Parole de Dieu continue d'agir en son Église, toujours à travers des hommes, même si la Révélation s'est faite en plénitude dans la personne du Fils de Dieu. Dieu continue à nous donner sa Parole. Pensez au premier chapitre de saint Jean. "Le Verbe s'est fait chair !" La Parole de Dieu s'est rendue visi­ble alors que par nature la parole n'est pas visible. En s'incarnant dans notre humanité la Parole de Dieu nous donne de croire effectivement que si l'Église est l'Epouse du Christ, cette Parole continue à être vi­vante et vivifiante pour chacun de ceux qui l'enten­dent. C'est pourquoi cette parole est accompagnée des dons que le Seigneur nous fait spécialement quand nous méditons sa parole. Nous le chantons dans le psaume 118 : "J'ai mieux compris que tous mes maî­tres car je médite les paroles de ton Alliance !" ou encore : "J'ai détourné mes pas des chemins du mal car je veux garder ta Parole ! Ta Parole est douce à mon palais, plus douce que le miel à ma bouche !"

Cette Parole c'est celle que nous recevons tous les jours lorsque nous venons communier, lors­que nous lisons l'Écriture, et elle n'est plus lettre morte car c'est celle du Dieu vivant qui a pris notre humanité et s'est fait pain et vin pour nous donner d'aller proclamer les merveilles de Dieu. Elle s'enra­cine dans la méditation et la prière et malgré les fai­blesses de notre langage et la petitesse de notre hu­manité elle est remplie de cette gloire de Dieu afin que nous puissions proclamer sa louange éternelle­ment.

 

 

AMEN