UN SIGNE
Ex 4, 1-9 ; Mt 16, 1-12
(9 août 1991)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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uand les pharisiens et les sadducéens demandent en signe, ils demandent un geste merveilleux, un miracle, quelque chose qui émerveille, qui bouleverse et qui rend manifeste le pouvoir du Christ. Ils veulent des preuves. Pour eux le mot signe a la signification de preuve contraignante. Et Jésus ne veut pas leur en donner. Jésus fait appel à la foi et non à une démonstration pseudo-scientifique de sa divinité ou de ses pouvoirs surnaturels.
Déjà Jésus reproche aux foules d'avoir mal interprété la multiplication des pains. Ils l'ont interprétée comme quelque chose de merveilleux, comme un pouvoir extraordinaire que posséderait le Christ. Ils lui courent après parce que, dit-il "vous avez mangé du pain tout votre saoul, vous avez été rassasiés "et cela vous a émerveillés. Les foules comme les pharisiens cherchent toujours du sensationnel. Jésus, Lui, propose des signes dans un autre sens, c'est-à-dire des signes qui ont une signification. La multiplication des pains n'était pas d'abord un prodige mais l'annonce d'une nourriture plus profonde que celle du corps, d'un pain plus essentiel que le pain quotidien qu'on achète chez le boulanger.
Ici aussi, Jésus parle de signes non pas merveilleux, non pas éblouissants, mais de signes qui invitent à rentrer en soi-même pour comprendre. Il ne vous sera pas donné d'autre signe que le signe de Jonas. Jonas est un prophète qui ne veut pas annoncer la parole de Dieu car Dieu l'envoie chez les païens et il trouve cela de mauvais goût, il préfère se dérober et il s'embarque pour la destination opposée. Alors se lève une grande tempête et les marins se demandent pourquoi. Jonas dit : c'est ma faute car je fuis la parole du Seigneur. Les marins le jettent par-dessus bord et la tempête s'apaise. Jonas est avalé par une baleine qui le rejette sur le rivage où il devait se rendre, près de la ville de Ninive. Il est resté trois jours et trois nuits dans le ventre de la baleine. C'est un petit roman, un conte.
En quoi l'histoire de Jonas est-elle un signe ? Dans un autre passage Jésus le dit explicitement : "De même que Jonas est resté pendant trois jours et trois dans le ventre du monstre, de la même manière le Fils de l'Homme restera trois jours et trois nuits dans le ventre de la terre !" dans les entrailles de ce monstre qu'est la mort, qu'est l'enfer. Entre le moment de sa mort et celui de sa Résurrection, d'après notre symbole de foi, notre Credo, Jésus est descendu aux enfers c'est-à-dire dans le séjour des morts pour rassembler tous ceux qui, morts avant son incarnation, attendaient la venue d'un sauveur pour être délivrés. Il est allé chercher Adam, Abraham, Moïse, David. C'est ce qu'on appelle la descente de Jésus aux enfers, ce qui est une expression imagée.
Jésus propose ainsi un signe. Ce signe de la mort et de la résurrection du Christ, c'est le signe de la victoire du Christ sur la mort. Et cette résurrection n'est pas un prodige. C'est si peu un prodige d'ailleurs qu'elle ne se manifestera ni aux pharisiens ni aux païens, ni à Pilate, ni aux incrédules mais seulement à ceux qui viennent avec foi au tombeau et qui par conséquent sont disposés à "lire" la signification de ce signe, à découvrir que si Jésus ressuscite des morts, ce n'est pas pour nous émerveiller ou nous montrer sa puissance, mais parce que l'amour de Dieu est plus fort que la mort. Il nous annonce aussi notre victoire sur la mort si nous participons à son amour qui nous ressuscitera.
Nous ne devons pas venir à Dieu en demandant des signes, comme les pharisiens c'est-à-dire en demandant des choses extraordinaires. Nous devons venir à Dieu avec notre foi pour essayer de deviner, de pressentir son mystère, de nous familiariser avec ce mystère de Dieu, de nous laisser apprivoiser par le mystère de Dieu pour que, petit à petit, pénétrant notre cœur, à travers les signes qu'Il nous en donne c'est-à-dire les images qu'Il nous propose pour que nous comprenions ce mystère, nous puissions entrer dans l'intimité de Dieu et devenir véritablement ses enfants, des membres de sa famille, comprenant quelle est la vie de Dieu et, de l'intérieur, participant à cette vie divine.
Le pain et le vin que nous allons manger et boire sont un signe, le signe que Jésus est le véritable pain qui nourrit pas simplement notre corps mais notre cœur, que son sang est le véritable vin qui vient irriguer de joie tout notre être.
AMEN