JE TE BÉNIS, PÈRE !

Ep 4, 25-32 ; Mt 11, 25-30

(8 juillet 1991)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

L

e passage de l'évangile de saint Matthieu nous donne une prière de Jésus à son Père. A la différence des autres prières que nous prati­quons, la demande, la supplication ou l'intercession, cette prière est une sorte de cri de joie. C'est un cri de bonheur parce que d'abord, dans sa prière, Jésus est totalement à son Père. Il le connaît. Dans ce moment de prière, de solitude, de retrait des hommes, Jésus, le Fils de Dieu, est totalement au mystère de son Père. Il est totalement Lui-même dans cette prière et Il dit, avec des paroles humaines, ce qui d'une certaine ma­nière est intraduisible et indicible, Il dit le fait que Lui seul connaît le Père comme le Père seul le connaît Lui, le Fils. C'est dire qu'à travers ces simples mots, c'est tout le mystère de la Trinité qui est ainsi pro­clamé et c'est le mode d'existence de Dieu qui nous est ainsi manifesté.

Jésus, le Fils de Dieu dans son humanité, tres­saille de joie parce qu'Il est tout entier à son Père, de toute éternité et qu'Il est connu et aimé infiniment, indiciblement de son Père. Mais en même temps, au cœur même de cette prière, dans sa racine trinitaire Jésus a un motif de joie supplémentaire, celui de voir que les petits et les humbles ont part à ce mystère de connaissance, que, désormais, parmi ceux qui L'écoutent et parmi ceux qui L'entendent, il est des hommes qui, par le oui de leur cœur et de leur liberté, entrent dans ce mystère de la connaissance intime du Père par le Fils et du Fils par le Père.

Autrement dit, c'est non seulement la joie du Fils parce qu'Il est Dieu, mais c'est la joie du Fils parce qu'Il est Sauveur c'est-à-dire Celui qui rassem­ble dans le cœur même de la vie trinitaire ceux qui, dans l'humilité ou la petitesse acceptent de se laisser enseigner par Lui. Et vous comprenez pourquoi, im­médiatement, cette prière rejaillit en cri d'appel, en invitation comme la Sagesse, autrefois, dans les livres de l'Ancien Testament invitait tous les gens à venir participer à son festin, ici, le Christ "lance à la canto­nade" l'invitation au mystère de la connaissance du Père : "Venez à Moi, le joug est aisé, le fardeau est léger !" Il n'y a rien de pesant dans cette connaissance intime du Père par le Fils et du Fils par le Père, dans cette connaissance amoureuse qui est le cœur même de la vie trinitaire. C'est cela le joug, c'est cela le far­deau, c'est un fardeau qui n'est même plus à porter, c'est un fardeau qui nous porte, c'est un joug qui ne pèse plus sur notre cou, c'est le lien de l'amour qui nous attache à Dieu.

Alors, en relisant cette prière de Jésus, cette prière de joie, de bonheur et d'exultation, nous pou­vons désormais deviner ce qu'est notre propre desti­née. Destinés à connaître Dieu à travers et au cœur même du mystère de la Trinité, à travers cette relation qui lie le Père et le Fils. C'est là le lieu propre où nous devons, par le salut de Jésus, être introduits. Il fau­drait que notre prière soit davantage une prière d'exultation, non pas une prière d'excitation, non pas une prière qui agite l'âme, mais au contraire, une prière qui fasse entrer le cœur de l'homme, notre cœur dans le repos de la vie trinitaire. Au fond, c'est cela toute la pédagogie de la prière. Ce n'est pas de nous apprendre à dire des mots, ce n'est pas de nous ap­prendre diverses attitudes de la prière ou divers styles de prière. Plus profondément, c'est nous redire, avec la bien-aimée du Cantique et désormais de le redire au cœur même de la Trinité : "Mon Bien-aimé est à moi et je suis à mon Bien-Aimé".

 

 

AMEN