BÉNÉDICTION OU ACTION DE GRÂCES
Ep 3, 7-12 ; Mt 8, 14-17
(26 juin 1991)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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a belle-mère de Pierre a dû louer le nom de Jésus parce qu'elle a été guérie par le toucher de Jésus et qu'elle a pu se relever de son lit ou elle était clouée par la fièvre et ainsi les servir. L'action de grâces a dû naître sur les lèvres de cette belle-mère puisque, grâce à la guérison, elle a pu retrouver sa place dans la maison.
Ceci met l'accent sur ce que saint Paul dit dans l'épître aux Ephésiens quand il dit : "La totalité du mystère de Dieu s'est révélée en Jésus-Christ." Cette femme a été touchée par le mystère du Christ. La personne même du Christ s'est révélée à elle dans sa puissance de salut et de guérison. Alors qu'elle était touchée par la fièvre, symboliquement par le péché ou par le mal, Celui qui est le dynamisme divin le plus profond est venu toucher cette femme et l'a guérie, l'a sauvée, a manifesté à elle ce qu'Il est réellement, ce pour quoi Il est venu sur terre. Et la réponse à cette guérison, à ce salut, c'est l'action de grâces qui n'est pas mentionnée dans l'évangile mais que l'on peut imaginer dans la bouche de cette femme.
Pour nous qui sommes "après cette guérison", et qui sommes déjà dans le salut car nous sommes dans le temps de l'Église qui est le temps du Salut, cela veut dire que nous ne sommes plus dans le temps de ceux qui reconnaissent l'action salvatrice de Dieu à la suite de laquelle nous rendons grâces à Dieu de nous avoir sauvés, mais nous confessons dans la foi que nous sommes dans le salut, que nous sommes sauvés. Nous ne sommes plus simplement dans l'action de grâces, nous sommes dans la reconnaissance de la bénédiction de Dieu car il y a différence entre la bénédiction et l'action de grâces.
L'action de grâces est une réponse ponctuelle, liée à un événement, alors que la bénédiction jaillit du plus profond de nous-même pour reconnaître que nous sommes précédés par le salut, précédés et suivis par ce salut. Dire : "Que le Nom de Dieu soit béni !" signifie que je pense, je crois et je suis sur que Dieu a le dernier mot sur toute chose et qu'Il est le dernier mot. Et qu'avant même que les malheurs, les événements contraires à ce salut, peuvent survenir, ils ne seront jamais totalement vainqueurs mais que c'est Dieu qui sera vainqueur.
Bénir Dieu signifie que je me mets, que je me place dans ce courant vital entre Dieu et moi, que je reconnais que rejaillira toujours sur moi et même dans l'éternité, la grâce qui a commencé à naître dans le cœur du Christ et qui inonde ma vie et toute l'humanité. C'est un mot peu employé que le mot bénédiction car on le considère comme théologique. Mais il signifie cette vitalité dont la grâce nous atteint, nous précède et nous suit. Il est du plus profond de nous-même ce qui, en nous, reconnaît que nous appartenons déjà au Christ. Et développer en nous cette action de bénédiction, ce chant de bénédiction, c'est nous mettre dans ce courant, nous mettre au milieu de fleuve de la grâce de l'Église en nous disant : Je suis sauvé, je suis de ceux qui sont sauvés.
Par cette belle-mère de Pierre, qui est un peu le symbole de celles qui, autour du premier apôtre, sont touchées par le salut et à qui le Christ, par sa main, a révélé la puissance de salut qu'Il porte en Lui, que cette guérison ouvre la porte de notre cœur à la bénédiction et non seulement à l'action de grâces. Qu'en nous jaillisse et remonte une prière plus profonde non seulement reconnaissante de ce que Dieu fait pour nous, mais confessant que Dieu est Sauveur et agit réellement en nous sans que nous le constations peut-être.
Que le Nom du Christ qui sera donné dans son pain et versé dans son sang, fasse jaillir en nous cette bénédiction qui fait de nous des fils de Dieu.
AMEN