OÙ EST LE CHRIST ?

Ap 19, 1-9 ; Mt 24, 15-28

(27 février 1990)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

C

e dernier discours de Jésus qu'Il a prononcé lorsque ses disciples s'émerveillaient devant les pierres du Temple n'est pas d'abord orienté vers la ruine de Jérusalem. Au début et à la fin de ce discours il est question de l'identification du Christ, de l'identification du Messie. "Si quelqu'un vous dit : C'est moi ! ne le croyez pas !" "Si on vous dit : Il est là, n'y allez pas !" Entre ces deux passages qui tous les deux nous apprennent qu'il ne faut pas identifier le Christ selon des dires uniquement hu­mains, se placent deux autres avertissements. Le pre­mier concerne les dangers et les périls du témoignage et de la mission, le second l'annonce prophétique de la destruction de Jérusalem. Il y fondamentalement le fait de savoir qui est le Christ et où Il se trouve, puis le fait qu'en annonçant l'évangile, en étant envoyé par le Christ on subit persécution et famine et que Jéru­salem va être détruite. Il faut alors adopter un com­portement assez particulier.

C'est donc dire que ce que Jésus veut nous annoncer prophétiquement de la fin des temps ne se résume pas à ce que nous considérons habituellement comme cette avalanche de catastrophes cosmiques ou politiques qui s'abattraient sur l'humanité. Mais tout ceci, famine, persécutions, guerres, destruction de Jérusalem, s'inscrit dans une autre réalité qui est de savoir Où est le Christ et qui est le Christ. L'avène­ment du Fils de l'Homme ne s'inscrit pas dans une sorte de déflagration de l'histoire du monde, ce qui donne prise à toutes les élucubrations apocalyptiques qui renaissent périodiquement dans la littérature de vulgarisation, mais que la venue du Christ est d'abord le problème de savoir le reconnaître là où Il est. Et précisément de ne pas se laisser égarer par ceux qui vous disent : "Il est là !" alors qu'Il n'est pas là où ils le disent. Pourquoi cela ? Parce que le Christ vient là où Il veut et quand Il le veut.

A partir du moment où le Christ est ressus­cité, ce n'est aucun homme qui peut lui assigner sa place dans le monde, qui peut dire : "Il est là !" ou bien "C'est Moi !" Mais à partir du moment où le Christ est ressuscité, Il devient véritablement le Sei­gneur de l'histoire et Lui seul peut se donner à recon­naître. C'est pour cela que Jésus engage ses disciples à ne pas tomber dans le piège, à ne pas se laisser aller à une identification selon certains dires humains, car il faut que les disciples aient à cœur de reconnaître Jé­sus là où Lui-même, Jésus, se donne comme le Sei­gneur Ressuscité et non pas là où nous voudrions le placer et le reconnaître.

Autrement dit, tout ce texte est une médita­tion de la seigneurie de Jésus Ressuscité sur l'histoire. Parce qu'Il est devenu le maître et le Seigneur de l'histoire, nous n'ayons pas de place à lui assigner. "Je ne suis plus de ce monde ! Je m'en vais vers le Père !" Et d'une certaine manière, à partir du moment où c'est Lui qui prend possession du monde et qui décide de se révéler et de se manifester là où Il veut et à qui Il veut, en choisissant les moyens qu'Il veut, toute l'his­toire lui est soumise et tout homme lui est soumis. Et c'est pourquoi, au moment même où les catastrophes arrivent, il n'est pas nécessaire de descendre de la terrasse, il n'est pas nécessaire de changer de com­portement, car là où nous sommes, là le Christ Lui-même a décidé de se manifester.

Tel est le sens de la patience des élus qui re­vient à plusieurs moments dans ce texte. C'est le fait que le Christ veut que chaque homme vive aujour­d'hui dans cette endurance qui consiste à croire que ce n'est pas nous qui avons prise sur l'histoire ou sur la manifestation du Christ, mais que c'est le Christ véri­tablement qui est le maître de l'histoire et qui, de son propre vouloir, de sa propre gloire de Ressuscité, peut se manifester à qui Il veut.

Ce texte devrait nous vacciner définitivement contre toutes ces espèces de prétentions oratoires qui veulent nous faire voir la fin du monde à tel moment ou à tel autre, ou qui veulent nous faire croire que tel ou tel événement a été prédit par l'Apocalypse ou par je ne sais quel autre prophète de je ne sais quel autre siècle. C'est précisément le fait que notre liberté est totalement remise entre les mains du Seigneur Res­suscité, c'est précisément à cause de cela que nous ne pouvons pas être maîtres de la manifestation. S'il faut attendre, s'il faut veiller, s'il faut être patient, cela ne consiste pas à imaginer ce qui va se passer, mais au contraire à laisser le Christ exercer sa seigneurie sur notre propre histoire et notre propre destin. Voilà ce que veut dire "attendre la fin des temps". Non pas maîtriser l'histoire ou maîtriser la présence de Dieu dans l'histoire, que de fois ne sommes-nous pas tom­bés dans cette tentation pour nos vies personnelles, mais laisser le Christ se manifester au cœur de nos vies comme Celui qu'Il est véritablement, le Seigneur, le ressuscité.

 

 

AMEN