UN VERRE D'EAU EN MON NOM
Ez 10, 18-19+22-23 ; Mt 10, 34-42
(14 juillet 1990)
Homélie du Frère Michel MORIN
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Q |
uiconque donnera à boire à l'un de ces petits rien qu'un verre d'eau fraîche en tant qu'il est un disciple, en vérité ne sera pas frustré de sa récompense !"
Le problème est de savoir reconnaître, non pas d'abord celui qui est disciple, mais de qui il est disciple. On est toujours disciple à cause d'un maître. Et la promesse du Christ ici ne touche pas essentiellement le verre d'eau donné à quiconque, mais le verre d'eau donné à quelqu'un reconnu en tant que disciple. Et c'est peut-être dans ce mot qu'est en définitive la spécificité même de la reconnaissance de l'autre c'est-à-dire de la récompense que nous recevrons.
Le maître, c'est la Trinité. C'est la Trinité bienheureuse car le petit, c'est-à-dire tout un chacun, tout homme car aux yeux de Dieu il n'y a ni grand ni petit, de pauvre ou de riche, de noir ou de blanc, d'immigré ou de français. Ces catégories-là n'existent pas pour Dieu, elles sont purement humaines et parfois très factices tout en étant d'ailleurs pratiques pour les idéologies quelles qu'elles soient. Nous sommes tous disciples parce que notre maître c'est la Trinité, Père comme créateur de chaque homme, le Christ comme Rédempteur de chaque homme et l'Esprit comme vivificateur et sanctificateur de chaque homme. C'est pourquoi tout homme est disciple, en définitive, aux yeux de Dieu. Et c'est parce que chacun est disciple aux yeux de Dieu que nous sommes invités à reconnaître en chacun l'œuvre de la Trinité. C'est notre regard qui est mis en cause ici, qui est remis en cause pour qu'il puisse accéder à la vérité de ce qu'est l'autre comme de moi-même. Et cette vérité n'est connaissable et estimable que dans la lumière de Dieu. Triple lumière, de création donc d'amour infini, de rédemption donc de pardon et de miséricorde infinie, et de vie et de purification et donc de lumière infinie.
Et c'est aussi ici que se tient notre récompense car apprendre à regarder chacun des autres, en commençant d'ailleurs par soi-même, comme un disciple, nous ne pouvons le faire qu'en contemplant le maître. Nous ne pouvons le faire qu'en reconnaissant, au plus profond de notre cœur et du cœur de l'autre, la triple présence de Dieu qui est Père, Fils et Esprit Saint. La purification de notre regard sur les autres, sur nous-mêmes, n'est qu'une conséquence c'est-à-dire une récompense de notre purification de la pureté de notre regard sur Dieu. Nous reconnaissons ce que sont les autres parce que nous connaissons ce qu'est le mystère de Dieu. Il n'y a pas de relation humaine qui ne soit chrétienne pour être vraie c'est-à-dire qu'il n'y a pas de relation humaine avant la relation de contemplation du mystère de Dieu et de son visage manifesté à travers l'Écriture et à travers la vie d'aujourd'hui où s'écrit encore, en lettres de feu ou de sang, d'amour ou de pardon, de joie ou de misère, la présence de Dieu qui crée, qui recrée, qui vivifie et qui sanctifie.
Notre récompense, dans cette recherche du regard de chacun des autres comme un disciple, comme un aimé de Dieu, comme un sauvé de Dieu, comme un vivant de Dieu, notre récompense n'est pas quelque chose que nous aurons à la fin des temps. C'est simplement la joie de contempler les autres dans la lumière même de Dieu. C'est simplement de participer à la joie de Dieu qui regarde chacun d'entre nous comme un petit c'est-à-dire comme celui qu'Il aime, comme celui qu'Il préfère, comme celui pour qui Il a tout donné dans sa création, comme celui pour qui Il a donné son Fils dans la Rédemption et pour qui Il ne cesse de répandre son Esprit saint pour sa sanctification.
Que cette eucharistie où nous est donné le corps, le sang du Christ, le plus petit des disciples de Dieu, Celui qui s'est fait esclave, Celui qui s'est abaissé jusqu'à la mort, que ce corps et ce sang que nous recevons soient en même temps le lieu intérieur de notre contemplation d'un Dieu qui nous aime et qui aime chacun de ceux que nous regarderons au moment même où nous rencontrerons le Christ, chacun de ceux en qui nous verrons le Christ quand nous les rencontrerons.
AMEN