TROIS ERREURS

Ez 2, 1-7 ; Mt 9, 1-8

(6 juillet 1990)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

D

ans cet évangile, il faut relever trois erreurs et tirer une leçon. La première erreur c'est l'illusion de ces gens qui ont apporté vers Jésus ce paralytique sur son lit d'hôpital car ils vien­nent pour une guérison médicale. Ils prennent Jésus pour un médecin. Ce n'est pas étonnant puisque Jésus a déjà guéri des malades, non seulement des malades dans leur chair, mais quelques hystériques pris par les esprits mauvais. Or ce n'est pas cela que Jésus va faire. Il ne guérit pas d'abord le paralytique, Il lui par­donne ses péchés. Ce n'est pas pour cela que les autres étaient venus. Ils se sont approchés de Jésus, mais ils avaient déjà dans leur cœur une fausse perspective, au fond, ils ont regardé le Christ comme un trompe-l'œil.

La deuxième erreur, beaucoup plus grave car elle est théologique celle-là, c'est celle des scribes. C'est le scandale des savants, c'est le scandale des prêtres. Ceux qui étudient la Bible sont scandalisés parce que cet homme qui n'a pas été à l'école plus qu'eux se permet de prononcer une phrase qui n'est redevable qu'à Dieu seul : "Tes péchés sont pardon­nés!" Aucun homme ne peut et ne doit pardonner les péchés. Dieu seul peut pardonner les péchés. De façon théorique, ces scribes ont raison. Mais dans la prati­que, ils ont tort parce qu'ils font l'erreur de ne pas reconnaître en Jésus qu'Il est Dieu.

La troisième erreur c'est celle de la foule qui "rend gloire à Dieu d'avoir donné un tel pouvoir aux hommes !" Mais Dieu n'a pas donné aux hommes le pouvoir de pardonner les péchés. Il leur a simplement donné le pouvoir, par leur intelligence et leur science, de guérir les malades ou en tout cas d'essayer de les guérir.

Ces trois erreurs qui sont celles des témoins de ce miracle nous amènent à tirer une leçon. Est-ce que nous-mêmes, dans notre approche de Jésus, nous ne commettons pas parfois l'un ou l'autre ou les trois, dans notre foi, dans notre prière ? Je prends un exem­ple. Nous nous amenons souvent vers Dieu avec tou­tes nos misères, physiques, intellectuelles, morales, portées sur la civière de notre désespoir, de notre peine. On vient pour que le Christ transforme médi­calement ou matériellement toutes ces choses-là. Or la plupart du temps le Christ ne le fait pas et nous som­mes profondément déçus et nous nous disons : "Pour­quoi donc Dieu qui nous aime ne fait pas aujourd'hui pour moi ce qu'Il a fait pour le paralytique ?" Et c'est là notre erreur. Dieu fait pour nous exactement ce qu'Il a fait pour le paralytique, mais pour ce qui est essentiel : le pardon des péchés. Mais cela nous ne l'entendons pas parce que nous venons avec notre désir humain, nous venons pour que le Christ réponde à nos problèmes, qu'Il évacue de notre vie toute diffi­culté ou toute peine. Or ce n'est pas d'abord cela que le Christ veut nous donner. C'est quelque chose de beaucoup plus grand que cela, c'est le pardon de nos péchés, mais cela nous ne l'entendons pas. Et nous repartons chez nous un peu moins croyants, persuadés que Dieu n'existe pas ou en tout cas qu'Il est bien loin de nous et s'occupe de beaucoup d'autres personnes plus pieuses C'est une erreur que nous faisons sou­vent.

Et la deuxième qui est une conséquence de la première, c'est que nous avons beaucoup plus souci que Dieu réponde à notre désir ou à nos désirs que nous de répondre au sien. Dans cet évangile, son désir c'est tout simplement que nous venions quel que soit notre état, quelle que soit notre étape, nous faire pardonner nos péchés. Il y a quand même une chose extraordinaire, c'est que les plus grands saints sont les gens qui se confessaient le plus souvent, il y en a même qui se confessaient tous les jours. On peut en sourire, mais cela veut dire que la sainteté et la cons­cience du péché, que la sainteté et la découverte de son péché, c'est à peu près la même chose. Alors on pourrait dire, mais ce serait un raccourci beaucoup trop rapide : moins vous vous confessez, moins vous répondez à l'appel du Christ, moins vous avez à cœur d'approcher le Christ pour la guérison intérieure, plus le Christ vous paraîtra lointain et silencieux par rap­port au reste de votre vie.

Je crois qu'il y a un ressourcement de la vie chrétienne, il y a une croissance de la foi en Jésus, il y a un développement de notre amour de Dieu, des au­tres et de nous-même qui ne peut passer que par le sacrement de la réconciliation. C'est d'ailleurs pour cela que notre progression dans la foi chrétienne est si lente, est si lourde, est si pesante à nous-même. C'est parce que nous avons beaucoup de peine à rencontrer le Christ en tant que Sauveur pour nos péchés. Or c'est pour cela que le Christ est venu : "Tes péchés sont pardonnés ! Va, lève-toi et marche !" ce qui veut dire que nos péchés pardonnés régulièrement, ce par­don nous permet de nous lever, ce pardon nous per­met de marcher, parce que ce pardon c'est le Christ qui se lève en nous et c'est sa résurrection qui marche en nous. C'est pour cela qu'Il est venu et c'est ce désir-là qui est le sien, et c'est cela sa soif au jour de sa mort, et c'est cela qui chaque jour, fonde son attente de chacun de nous.

"Tes péchés sont pardonnés ! Lève-toi et marche !" Qu'en cette eucharistie où le sang est versé pour la rémission des péchés, comme chaque jour et c'est cela le motif premier de la mort du Christ, c'est la rémission de nos péchés qu'en cette eucharistie cette parole de Jésus : "Aie confiance ! Tes péchés sont remis !" que cette parole nous remette en marche vers le sacrement de la Réconciliation c'est-à-dire vers l'accomplissement réel de toute l'énergie de la Pâque du Christ qui vient ressusciter nos morts intérieures, qui vient nous guérir de toutes nos paralysies spiri­tuelles et qui, je crois, à cause de cela, est déjà le commencement de la guérison de notre propre corps et de toute notre vie.

 

 

AMEN