PURIFIER L'INTÉRIEUR
Jb 38, 12-13+16-21 ; Mt 23, 23-32
(5 octobre 1989)
Homélie du Frère Michel MORIN
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'adressant à Job, Dieu lui pose cette question : "Sais-tu de quel côté habite la lumière ? Sais-tu où résident les ténèbres ?" Ce très beau discours de Dieu dans le cœur et la conscience de l'homme, de Job, veut simplement lui révéler qu'il y a une genèse, qu'il y a une origine, il y a une raison, un motif que l'homme ne peut pas saisir seul, de lui-même. Il y a des questions qui, pour l'homme, n'ont pas de réponse parce qu'elles sont tout simplement "le secret de Dieu." Et l'origine du monde, "là où habitent les lumières, là où demeure la ténèbre", c'est un secret de Dieu. Peut-être qu'un jour, la science de l'homme pourra remonter le temps, mais il y a une chose certaine, c'est qu'il ne peut découvrir, avec son cœur seul ou son intelligence, le secret de Dieu, la façon dont Lui-même a façonné cette lumière, a tissé les ténèbres.
C'est cela en définitive notre situation, notre condition de créature. C'est que nous ne savons pas quelles sont nos sources profondes, nous ne savons pas comment Dieu nous a brodés entre le temps où Il avait dans son cœur le dessein de la Création et le moment où cette création est apparue telle que nous la voyons et tels que nous sommes. Mais, et une phrase de Jésus dans l'évangile nous rappelle qu'il y a quelque chose par contre que nous pouvons connaître ou plus exactement qu'il nous faut connaître. Où habite la lumière ?
"Purifiez l'intérieur et non l'extérieur de la coupe", parce que la lumière repose dans l'intérieur de votre cœur et de votre être. Si nous n'arrivons pas à saisir l'origine du monde, la genèse de ce que nous sommes, par contre Dieu ne veut pas nous sauver sans nous, même s'Il nous a créés sans nous. Et Il dispose notre cœur, notre foi, notre confiance pour connaître cette origine de la lumière en nous, parce qu'Il l'a déposée Lui-même dans l'œuvre pascale du Christ et parce qu'Il veut que, désormais, nous collaborions à l'extension de cette lumière, d'abord à l'intérieur de notre propre cœur, puis de façon très logique et très transparente, vers l'extérieur.
Et souvent nous sommes très préoccupés nous-mêmes par l'extérieur. Je ne reprends pas la comparaison du "sépulcre blanchi", mais nous sommes très préoccupés par un certain nombre d'actes, de situations, que nous appelons "nos péchés". Or la plupart du temps, nous nous accusons de nos péchés extérieurs, les actes que nous posons, ce que nous faisons, ce que nous arrivons un petit peu à cerner dans la lucidité de notre foi et de notre charité pour les autres et pour nous et pour Dieu. Et l'on a l'impression, parfois la certitude, que s'être accusé de ces quelques péchés extérieurs, règle le problème intérieur. Non pas du tout parce que le péché n'est pas d'abord dans nos actes. Il est d'abord dans notre cœur, il est d'abord dans notre esprit, il est d'abord au plus profond de nous-mêmes. Avant de faire des péchés, nous sommes pécheurs. Et au fond, ce que nous devrions venir confier à Dieu dans le sacrement de réconciliation c'est moins nos péchés ponctuels, qu'Il a déjà pardonnés d'ailleurs, Il nous en donne simplement le signe visible et écclésial mais ce que nous devrions lui confier c'est notre intérieur, c'est-à-dire le fait que nous sommes pécheurs.
Et à la limite, même si personne, même si personnellement nous ne commettrions plus de péchés, il faudrait toujours revenir vers le sacrement de réconciliation, simplement pour reconnaître devant Dieu que nous sommes pécheurs, que l'intérieur n'est jamais purifié tant que notre vie terrestre durera. Alors que cet évangile nous aide, au cœur de cette eucharistie, à chercher Dieu là où Il est et à chercher la source de notre purification de la purification de notre vie, de la lumière, là où elle repose : au plus profond de nous-même, dans ce mystère où s'origine non plus la création du ciel et de la terre, mais la relation de l'homme avec son Dieu. Car c'est là, c'est à cet endroit le plus secret de l'homme, que nous avons le plus de peine à parvenir. Et cependant, toute chose extérieure que nous faisons prend sa racine, sa raison et sa vérité à cet endroit de notre dialogue profond avec Dieu, dialogue intime, dialogue silencieux, mais le dialogue qui construit en nous l'homme nouveau. A ce-moment-là, le reste, l'extérieur coulera de source et sera, par le fait même, purifie et vivifie.
AMEN