UN SEUL MAÎTRE

Jb 31, 5-8+16-17+19-20+33-37 ; Mt 23, 1-12

(28 septembre 1989)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

J

ésus reproche aux pharisiens de dire et de ne pas faire et de vouloir être, à l'égard des autres, des maîtres, des Pères, des docteurs (entendons des spécialistes de la foi ou encore des spécialistes de la vie droite et de la morale, ce qu'on appellerait aujour­d'hui des directeurs de conscience). Jésus nous dit que, dans l'évangile, il n'en va pas ainsi. Personne ne peut, pour quelque raison que ce soit, se présenter aux autres comme un maître. Comme un maître qui leur enseignerait, qui les dirigerait, qui orienterait leur vie. Personne ne peut se présenter comme un spécialiste de la foi. Personne ne peut se présenter comme un directeur de conscience. Personne ne peut prétendre être le père des autres. La raison que donne Jésus est claire : "Vous êtes tous des frères et vous n'avez qu'un seul père, c'est Dieu dans le ciel." C'est pourquoi un seul vous guide, oriente votre cœur, un seul vous en­seigne, le Christ.

Ce n'est pas ainsi que nous réagissons la plu­part du temps. Nous cherchons toujours des maîtres. Nous cherchons toujours que d'autres prennent les décisions à notre place, surtout en matière spirituelle. Nous aimons avoir des directeurs et à une époque qui n'est pas si lointaine, les directeurs de conscience fleurissaient beaucoup dans l'Église catholique. Pourtant Jésus est formel. Chacun d'entre nous, doit écouter le Parole de notre Père unique, Celui qui est dans le ciel, et la révélation que le Christ, l'unique maître, l'unique docteur nous fait de cette Parole. Et pas simplement une révélation théorique, dogmatique, mais une révélation jusque dans les moindres détails de notre vie car c'est Lui qui dirige notre cœur et notre conscience, c'est Lui qui oriente notre vie. Et entre nous, nous sommes des frères. Même les prêtres, même un prêtre qui vous confesse est un frère. Il n'agit pas avec autorité, il n'a pas de révélation parti­culière qui lui donnerait une plus grande sainteté ou une plus grande connaissance de vous ? Aucun homme, même prêtre, n'a à se substituer à vous pour écouter le Parole de Dieu et pour la vivre. Nous som­mes des frères, nous sommes vos frères. Avec peut-être une certaine expérience, avec sans doute me cer­taine habitude de l'écoute de la Parole de Dieu C'est pourquoi on peut, entre frères, se donner des conseils, des conseils avisés qu'il serait probablement maladroit et stupide de négliger. Il ne s'agit pas de dire que ce que disent les autres n'a aucun intérêt ou d'impor­tance. Entre frères, on peut se donner des conseils, mais autre chose que des conseils fraternels, autre chose que des ordres qui viendraient d'une certaine excellence, préséance, supériorité.

Vous le voyez, nous ne devons pas nous considérer ou considérer certains d'entre nous comme supérieurs, comme ayant une paternité à exercer à notre égard. Dieu seul est notre père. Nous allons tous ensemble vers notre Père. Nous nous aidons les uns les autres à aller vers ce Père, chacun selon le cha­risme, la grâce qui lui est donnée. Et il peut se faire que nous ayons autant nous prêtres à apprendre de vous que vous de nous. Même si la fonction que nous remplissons, de serviteurs de votre foi, de serviteurs de votre vie chrétienne, fait que nous sommes davan­tage appelés et habilités à vous apporter conseils et lumières, cependant ce n'est jamais unilatéral, et il n'y a aucune raison que ce le soit. Je crois qu'il faut es­sayer de comprendre ce qu'est la structure de l'Église, structure de frères qui s'entraident mutuellement, humblement, pauvrement parce que nous sommes tous pécheurs, parce que nous sommes tous en besoin de Dieu, parce qu'il n'y a pas des chrétiens supérieurs, prêtres, religieux ou autres, à qui serait garantie la rencontre avec Dieu. Nous sommes tous des pauvres et ensemble, pauvres avec des pauvres, nous aidant mutuellement, nous marchons vers l'unique Père, en nous laissant guider par l'unique maître qui est le Christ.

 

 

AMEN