SIGNIFICATION DU MARIAGE

Jb 29, 1-9 ; Mt 19, 1-12

(22 septembre 1989)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

D

ans cette page d'évangile, Jésus, en face des pharisiens, parle du mariage tel qu'il est né du cœur de Dieu. A l'origine cela nous ren­voie au récit de la création dans la Genèse qui nous manifeste non pas une période historique terminée, comme s'il y avait eu une période où le mariage avait telle signification et une autre période où il en aurait eu une autre, mais cela signifie ce que le mariage est dans l'intentions même de Dieu en créant l'homme. Et ensuite les hommes, qu'il s'agisse des religions païen­nes ou même de la religion d'Israël telle que Moïse l'a codifiée dans la Loi, les hommes, eux, ont interprété à leur manière cette intention de Dieu. Et si dans diffé­rentes législations, y compris dans la loi juive, les hommes admettent le divorce puisque Moïse a pres­crit que l'on donne un acte de divorce quand on répu­die sa femme, Jésus dit : cela n'est pas conforme à l'intention de Dieu, c'est une interprétation en raison de la dureté de votre cœur, mais ce n'est pas ce que Dieu a voulu à l'origine. Et Jésus veut rétablir les cho­ses telles que Dieu les a voulu : "Que l'homme ne sépare pas ce que Dieu a uni !" Par conséquent, quelle que soit la raison pour laquelle on répudie sa femme, et dans l'évangile de saint Marc Jésus donne l'inverse, quelle que soit la raison pour laquelle la femme répudie son mari, le quitte pour en épouser un autre ou pour que le mari en épouse une autre, il y a toujours adultère comme nous le dit Jésus.

Par conséquent Jésus veut rétablir la signifi­cation du mariage dans toute sa grandeur dans toute sa profondeur, dans toute sa signification divine. Qu'est-ce que Dieu a voulu unir ? Dieu a uni l'homme et la femme, mais Il ne les a pas unis simplement par un décret arbitraire de sa pensée ou encore en vue de la procréation ou encore pour qu'ils soient l'un à l'au­tre une aide, Dieu a uni l'homme et la femme pour qu'ils soient l'image de Dieu. Car les textes de la Ge­nèse auxquels Jésus se réfère nous disent : "Dieu créa l'homme à son image, homme et femme Il le créa." C'est dire que la communion de l'homme et de la femme réalise l'image de Dieu. Plus exactement Dieu a créé l'être humain, Il a créé d'ailleurs tout l'univers pour être soit dans le cas de l'homme une "image de Dieu", soit dans le cas de l'univers des vestiges de la présence de Dieu. Mais toutes choses ont été créées de la surabondance du mystère même de Dieu. L'homme est créé par Dieu pour d'une certaine façon représenter le mystère de Dieu, en tout cas pour par­venir à entrer dans ce mystère. L'homme est créé par Dieu pour que Dieu ramène l'homme à Lui et pour que l'être humain, dans cette plénitude, entre dans le mystère de Dieu. Or ce mystère de Dieu est un mys­tère de communion. C'est pourquoi Dieu a créé l'homme comme un être capable de communion, afin qu'à partir de cette communion des hommes les uns avec les autres, ils puissent réaliser, de façon impar­faite d'abord mais de plus en plus profonde, et avec la grâce de Dieu réaliser de façon plénière, cette partici­pation à la communion divine. Dieu est communion parce que le Père, le Fils et l'Esprit vivent dans cette infinie communion d'amour qui existe de toute éter­nité. Et c'est par la surabondance de cet amour que l'homme est créé, mais il est créé pour revenir à l'inté­rieur de cet amour, pour revenir en cette communion et d'abord pour la réaliser lui-même à son niveau, à sa manière. Et la réalisation de cette communion au ni­veau de l'humanité c'est l'inter-relation des personnes les unes avec les autres. Les personnes humaines sont faites pour entrer en communion les unes avec les autres, à l'image de la communion trinitaire. Et ces relations des personnes les unes avec les autres culminent dans cette réalisation la plus parfaite de l'amour humain qui est l'amour conjugal. Dieu a créé l'homme homme et femme pour qu'ils soient, dans cette union de l'homme et de la femme, l'image de Dieu, l'image de la communion de Dieu.

Ainsi tout le plan de Dieu en créant l'univers, et au centre de l'univers en créant l'homme, et en créant cet homme capable de communion, c'est de ramener l'homme à la source dont il a jailli. L'homme, et avec lui et autour de lui tout l'univers, jaillissent du cœur aimant de Dieu, jaillissent de la communion trinitaire du Père, du Fils et de l'Esprit jaillissent de la surabondance de cet amour trinitaire. Mais c'est pour y revenir, y revenir en réalisant en eux une participa­tion de plus en plus profonde, de plus en plus plénière à cette communion d'où ils viennent et à laquelle ils reviennent.

C'est ainsi qu'il nous faut comprendre les re­lations des hommes les uns avec les autres et en parti­culier le mariage. Le mariage n'est pas simplement une institution humaine qui se légalise en fonction des possibilités, des capacités, des besoins des hommes. Parce qu'il est la réalisation la plus parfaite de l'amour humain, le mariage est une image de Dieu, est la ré­alisation du plan de Dieu, le retour de l'homme à Dieu. C'est ainsi qu'il faut comprendre toutes ces re­lations d'amour qui s'établissent dans notre vie et spé­cialement la relation de l'époux et de l'épouse dans la joie du mariage. Tout cela est une participation au mystère de Dieu et c'est cela qui nous conduit à entrer dans ce mystère de Dieu.

C'est à ce niveau-là qu'il faut réfléchir à la ré­alité du mariage sous peine de n'en faire plus qu'une sorte d'institution où l'on essaie de faire "coller" plus ou moins bien avec les circonstances, avec les be­soins, avec les nécessités de la vie. Il ne s'agit pas de réaliser tant bien que mal les nécessités de la vie, il s'agit de grandir jusqu'à la dimension de Dieu.

Que chacun d'entre nous, soit dans la vie conjugale, soit pour ceux qui ne sont pas mariés dans les innombrables relations humaines où s'exerce notre capacité d'aimer, que chacun d'entre nous essaie de vivre ces relations, de vivre ces actes d'amour comme un chemin vers Dieu.

 

 

AMEN