DIEU EST LOIN
Jb 23, 8-17 ; Mt 18, 1-10
(18 septembre 1989)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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e premier principe de notre malheur ou de notre peine en ce monde est notre éloignement de Dieu tel que Job vient de nous le dire. "Je Te cherche à l'orient, je Te cherche à l'occident, mais Tu n'es jamais là !" Il tient à ce que notre péché nous crée un monde clos. C'est comme un sommeil qui pourrait tomber sur notre âme ou notre vie et qui créerait autour de chacun de nous comme une sphère dont nous serions le centre. Et si le Christ nous demande de redevenir enfant, non pas que nous ayons à réapprendre à babiller dans les bras de Dieu mais un enfant doit apprendre et est tendu vers une découverte du monde dont il sait plus ou moins inconsciemment qu'il n'est pas encore le centre. Du moins l'expérience de son péché l'amène à accepter de dépendre de l'amour des autres, de ses parents principalement et donc de décentrer le monde dans lequel il est pour accepter que quelqu'un d'autre soit le centre de son monde.
En cessant d'être des enfants, en devenant adultes, nous ramenons autour de nous cette vision du monde que nous avions apprise plus jeunes et chaque péché ne fait que consolider davantage la vision du monde que nous en avons, le souci que nous portons et nous redevenons le centre de ce monde.
Notre intelligence de chrétiens est celle qui doit, en s'ouvrant à la lumière de Dieu, découvrir comme incessamment, jour après jour, que nous ne sommes pas ce centre, que notre inquiétude n'a pas de poids face à l'éternité de Dieu, même celle en raison de nos péchés, mais que redécouvrir que Dieu est centre de toute chose nous permettra d'être libres donc dépendants de Dieu, puisque ces deux mots sont synonymes.
Alors je vous invite à briser ce petit monde d'inquiétude, de souci, de peine ou même de plaisir spirituel que nous nous forgeons à coups de baguette personnelle et d'accepter que le monde dans lequel nous vivons soit vraiment celui de Dieu ou commence à être celui de Dieu. Accepter d'être déstabilisés dans nos histoires personnelles pour que notre histoire devienne celle de Dieu et la nôtre en même temps. Accepter qu'une eucharistie comme celle d'aujourd'hui, qui est comme l'effraction en ce monde nouveau, nous atteigne, nous transforme, nous nourrisse et nous fasse découvrir le visage de Celui qui ne cesse de nous attendre.
AMEN