DU NEUF ET DE L'ANCIEN
Jb 18, 5-2+16-19 ; Mt 13, 44-52
(1er septembre 1989)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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a parabole de ce jour et celles des jours précédents nous décrivent divers aspects du Royaume de Dieu. Il y a ce prix éminent du Royaume de Dieu qui fait que rien ne peut se comparer à lui et qu'il faut vendre tout ce que l'on a pour acheter le Royaume des cieux comme un trésor ou une perle précieuse. La parabole du filet nous montre le Royaume des cieux comme se préparant sur cette terre en rassemblant tous les hommes, bons ou mauvais, avant que se fasse au dernier le tri selon l'orientation du cœur de chacun.
Cet ensemble de paraboles se termine par une parabole sur la parabole. Jésus dit en effet : "Tout scribe", c'est-à-dire tout sage, tout homme qui scrute la Parole de Dieu, "devenu disciple du Royaume", c'est-à-dire qui se met à l'école, à l'écoute de Dieu, qui prépare son cœur, qui cherche à comprendre le sens de ces petites histoires que Jésus raconte, "devient semblable à un propriétaire qui tire de son trésor du neuf et du vieux."
"Du neuf et du vieux". La prédication du Royaume, la Parole de Dieu, cette révélation que Dieu nous donne et dont nous nous nourrissons chaque jour, c'est comme un trésor dont nous pouvons tirer du neuf et du vieux. Du neuf parce que la Parole de Dieu est toujours nouvelle. Elle est un surgissement perpétuel. Elle est une irruption dans notre vie. Devant cette Parole, nous ne pouvons pas rester immobiles, statiques, en place. Nous sommes mis en mouvement, nous sommes envoyés ailleurs, cette Parole vient de plus loin que nous et nous conduit au-delà de nous-mêmes. C'est pourquoi elle est toujours nouvelle. Elle est en perpétuel renouvellement et elle nous renouvelle de façon perpétuelle.
Mais en même temps cette Parole de Dieu, cette révélation de Dieu est aussi du vieux. Du vieux c'est-à-dire non pas quelque chose de décati, d'amorti, non pas quelque chose qui a fait son temps et qui n'a plus de vigueur. Du vieux c'est-à-dire quelque chose d'éternel, quelque chose qui s'enracine très loin, très en deçà de nous, quelque chose qui nous met en contact avec les générations antérieures. C'est ce qu'on appelle la Tradition. La Tradition, qui n'est pas répétition stérile, qui n'est pas simple habitude, mais la tradition qui est enracinement profond, qui est mise en contact avec tout ce qui nous a précédé, avec toute l'origine de nous-mêmes et de notre monde et de toute chose.
Et ceci n'est pas contradictoire avec le renouvellement, bien au contraire. Comme le dit le philosophe Paul Ricœur : "c'est dans notre archéologie que s'enracine notre futur". c'est-à-dire que le jaillissement sans cesse nouveau est d'autant plus neuf qu'il s'enracine plus profond et plus loin. Et plus nous sommes en contact avec les sources de nous-mêmes, avec les sources de notre monde et de notre foi, plus cette foi est vigoureuse et se rajeunit sans cesse. C'est une erreur de croire que pour être neuf, il faut faire table rase du passé. C'est au contraire, en sachant prendre racine dans le passé, en sachant tirer le suc de toutes les choses et de tous les êtres qui nous ont précédé, que nous trouvons un surcroît de vitalité pour aller plus loin et pour marcher plus avant.
C'est pourquoi la foi de l'Église est à la fois une foi enracinée dans son passé, qui ne cesse de ruminer, de murmurer et de se redire ces paroles anciennes et qui, en même temps, à cause de cela, va toujours plus loin et nous conduit au-delà de nous-mêmes, et nous donne une jeunesse sans cesse renouvelée. Que la fréquentation assidue de la Parole de Dieu, que la rumination de la foi soit en nous, à la fois familiarité avec tout ce qui nous a précédé et en même temps soit quelque chose qui nous fait prophète de l'avenir, qui nous permet déjà, avec le regard de Dieu, d'aller au-delà de ce présent pour construire avec la grâce du Seigneur, ce qui doit venir, ce monde nouveau qui déjà fait irruption dans notre monde ancien.
AMEN