D'APRÈS NOS PAROLES

Jb 14, 1-6 ; Mt 12, 33-37

(18 août 1989)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

C

'est d'après nos paroles que nous serons jus­tifiés ou condamnés." C'est Jésus qui nous l'affirme. Non pas d'après le contenu apparent de nos paroles.

"Il ne suffit pas dire Seigneur ! Seigneur pour être sauvé." Et ce n'est pas l'accumulation des paroles de piété ou de droiture qui nous justifiera. Ce que Jésus vient de dire précédemment montre que nous serons jugés sur la vérité, sur l'authenticité de nos paroles, sur leur relation avec notre être. "De toute parole sans fondement que les hommes ont proférée, ils rendront compte au jugement." Parole sans fonde­ment, cela ne vise pas seulement les bavardages mais plus profondément ce mensonge qui est si fréquent en nous quand nous disons ce que nous ne sommes pas, quand il y a divorce et discordance entre notre dis­cours et notre être profond. Nous serons jugés d'après nos paroles dans la mesure où ces paroles sont révé­lation de notre être véritable, comme les fruits révè­lent la bonté ou la malignité de l'arbre qui les porte.

"C'est du trop-plein du cœur que parle la bouche !" Plus exactement, il y a des bouches qui parlent du trop-plein du cœur, qui manifestent ce que notre cœur porte de loyauté, de bonté ou d'égoïsme et puis il y a des paroles fausses, des paroles sans fon­dement c'est-à-dire des paroles qui s'ajoutent de façon artificielle sur la réalité authentique de ce que nous sommes. C'est contre ce caractère artificiel que Jésus nous met en garde, c'est ce qu'Il rejette en nous. Etre des apparences qui ne sont pas fondées. Et il y a mal­heureusement dans la communauté chrétienne, dans les habitudes chrétiennes, une certaine façon artifi­cielle de parler. On dit ce qu'il faut dire. On dit les choses bien séantes. On a un certain nombre d'affir­mations toutes faites, de facettes qu'il faut à tout prix mettre en valeur. Et puis derrière cette façade, il n'y a pas toujours la vérité de l'être qui correspond. A ce moment-la, on devient des chrétiens d'apparence, on a un discours présentable, acceptable, qui a l'air d'être conforme à l'évangile. Et puis ceci ne traduit pas la réalité de notre être.

Jésus préfère ceux qui disent ce qu'ils sont, même si ce qu'ils sont n'est pas toujours très beau, même si ce qu'ils sont est souvent entaché de péché, voire misérable. Il vaut mieux un misérable qui re­connaît ce qu'il est et qui le dit, que quelqu'un qui fait semblant d'être mieux qu'il n'est ou qui se pare d'un certain nombre d'affirmations qui, en réalité, ne correspondent pas à ce que son cœur pense vraiment. Je crois que la vérité de notre être et de notre agir est la condition première pour nous présenter devant Dieu et devant nos frères. Etre d'abord vrai, ensuite il faudra veiller à ce que cet être profond qui se mani­feste ainsi par une apparence vraie, soit le meilleur possible. Mais il faut d'abord que ce soit vrai. Rejeter tous ces faux-semblants, toutes ces paroles toute fai­tes, toutes ces affirmations stéréotypées, tout ce parler religieux apparemment chrétien mais qui n'engage à rien. Ceci est non seulement inutile mais profondé­ment néfaste.

Il est important que nous nous regardions nous-même tels que nous sommes et que nous nous laissions voir aussi tels que nous sommes, pour es­sayer ensuite d'être davantage en conformité avec ce que Dieu voudrait que nous soyons. Mais d'abord nous connaître et nous manifester selon notre vérité. Que ce trop-plein de notre cœur s'ouvre à Dieu, s'ou­vre au regard de Dieu et s'ouvre au regard de nos frè­res. Que nous cessions d'être chrétiens d'apparence pour devenir peut-être des pécheurs, mais des pé­cheurs en vérité.

 

 

AMEN