LA PROVIDENCE

Jb 6, 15-21 ; Mt 6, 24-34

(18 juillet 1989)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

D

ans cet évangile, et à partir de ces images très simples, Jésus propose à ses disciples une sorte de leçon de choses, non pas concernant les choses de la vie, les oiseaux ou les fleurs, mais une chose beaucoup plus fondamentale qui est la providence divine.

Nous avons souvent une façon de traiter Dieu un petit peu comme un agent d'assurances. De même que quand il y a un petit problème matériel nous di­sons que les assurances arrangeront tout cela, de même nous disons : "La providence fera bien toute chose" ce qui est une façon de nous dire : comptons toujours sur Dieu, on verra bien ce qu'Il fera. Et en même temps, on se dégage d'une part de responsabi­lité qui nous incombe, ce qui n'est pas pour plaire à Dieu. La providence de Dieu n'est pas une assurance. Alors qu'est-ce que c'est ?

C'est, comme nous le dit Jésus, deux choses. D'abord ce qui concerne notre vie matérielle, notre vie humaine, ce dont nous avons besoin chaque jour et qui sont des choses excellentes ou très bonnes et qu'il est tout à fait honorable de désirer : le vêtement, la nourriture, les fleurs dans sa chambre, etc. Il faut soi­gner tout cela car il y a une manière d'honorer ce que nous sommes en le soignant. Et cela c'est vraiment le désir de Dieu tel que Jésus le dit. Si Dieu rend si beaux les lis qui ne font rien, à plus forte raison vous donnera-t-il une beauté si vous quelque chose de vous-même. La providence est en cela quelque chose d'inconnu des chrétiens. C'est le fait que ce que nous sommes chaque jour est indirectement le fruit du désir de Dieu. Je dis bien indirectement parce que ce n'est pas Dieu qui nous donne faim, ce n'est pas Dieu qui tisse nos vêtements et ce n'est pas Dieu qui cueille les fleurs pour nous. Ce n'est pas Dieu qui donne direc­tement ce qu'il faut manger et ce qu'il faut boire. Il faut avoir de quoi acheter, il faut avoir suffisamment de disponibilité pour aller l'acheter. Cela dépend de notre liberté et de nos possibilités immédiates, mais il y a une chose certaine que Jésus veut nous faire com­prendre, c'est que l'origine de tout cela, c'est Dieu. Dieu est providence parce qu'Il nous a donné de quoi être ce que nous sommes, de le développer, de le soi­gner, de l'épanouir et de le partager. Dieu est Père, mais Il n'empêche pas chacun de ses enfants de vivre sa vie. Mais Il rappelle à chacun de ses enfants que la vie qu'il a vient de Lui. C'est cette première étape de la providence. Et cela, à la limite, les païens le savent. S'ils n'ont pas l'esprit trop matérialiste, ils savent qu'un certain nombre de choses qui leur sont données ou ce qu'ils sont n'est pas entièrement le fruit de leur propre volonté, de leur propre invention, de leur pro­pre décision. Mais ceci n'est pas le tout de la provi­dence, fort heureusement. Il y a autre chose et c'est sur cela que Jésus insiste auprès de ses apôtres.

"Cherchez d'abord le Royaume de Dieu !" car ce que vous êtes autant que ce que vous faites n'est pas l'absolu. Il y a à tout cela une finalité, il y a une destinée, il y a un but, c'est le Royaume de Dieu. C'est que, un jour, le Royaume de Dieu vous possède, c'est-à-dire que vous entriez dans le Royaume de Dieu. Le Royaume de Dieu c'est d'être de plain-pied, éternel­lement, avec la providence divine, mais à ce moment-là de façon directe et non à travers les médias, les médiations de notre corps que nous sommes et des choses que nous pouvons utiliser et avec lesquelles nous pouvons vivre. C'est en cela que Dieu a une confiance totale en nous, en ce que nous sommes parce qu'Il nous a créés. C'est Lui qui est à l'origine de ce qu'on appelle ce gouvernement divin des êtres et des choses. Et comme Il en est le maître, Il sait ce qu'Il a fait et Il a confiance comme un constructeur automobile aurait confiance en une marque parce qu'il l'a conçue et construite. Il ne faut pas pousser la com­paraison car Dieu n'est pas un mécanicien, comme certains le pensaient.

Cette providence de Dieu qui est le Royaume, c'est ce qu'Il veut de plus beau, de plus grand pour nous. Et Il nous dit : C'est vrai, il faut avoir quelque inquiétude pour votre vie terrestre, mais Moi je n'en ai aucune parce que Je sais, vu la façon dont Je vous ai faits, que vous êtes capables de vous débrouiller. Notre problème, c'est que le péché est venu s'insérer là-dedans et que ça s'embrouille et que nous ne sommes plus si capables que cela d'où la né­cessité de nous convertir, même à propos des choses terrestres. Mais là où Dieu s'inquiète un peu plus, c'est quant-à notre recherche du Royaume de Dieu, parce que c'est là le but final de la création. Alors que l'on ne réussisse pas absolument toute notre vie humaine matérielle, mais ce qu'Il veut que nous réussissions c'est que nous puissions comprendre que nous ne sommes pas uniquement destinés à vivre parfaitement les choses de ce monde, mais que la perfection des choses c'est l'autre monde, c'est le Royaume. Et c'est pour cela que Jésus peut dire : "Tout le reste vous sera donné par surcroît !" Non pas que nous aurons encore plus. Tant mieux, je cherche le Royaume, Dieu va me donner tout le reste! Non ce n'est pas du com­merce ni de l'arithmétique. En cherchant le Royaume, vous comprendrez que tout le reste ce n'est peut-être pas nécessaire de le chercher de la même façon qu'avant. Vous trouverez, vous aurez le pressentiment que chaque chose a bien en elle un surcroît, mais que ce n'est pas un surcroît de quantité et qui est simple­ment le signe que vous êtes appelé à quelque chose de beaucoup plus grand, de beaucoup plus beau. Par exemple, le vêtement c'est quelque chose d'extrême­ment important dans son symbole. C'est que nous sommes appelé à être un jour revêtu de la beauté de Dieu. Cela ne veut pas dire qu'il faut que nous ache­tions les vêtements les plus chers, voyez ce que je veux dire ! mais cela veut dire qu'il faut soigner ce vêtement parce qu'il est symbole de quelque chose de plus grand. Mais comme cette chose plus grande est spirituelle, il n'est pas nécessaire de la matérialiser dans un prix excessif.

Voilà cette recherche du Royaume de Dieu qui est le souci premier de la providence divine et qui nous dit : vivez votre vie de la meilleure façon possi­ble, utilisez tout ce que vous avez, tout ce que vous êtes parce que tout cela vient de Moi, mais attention cherchez d'abord le Royaume de Dieu et tout le reste vous sera donné selon la mesure de ce Royaume de Dieu, c'est-à-dire que vous vivrez votre vie, non pas en niant les réalités de la vie, mais en voyant comme par transparence quelque chose d'autre qui se prépare et qui vous sera donné en totalité. Et dans le Royaume de Dieu, toutes les choses de la vie ne seront pas anéanties, simplement elles seront, selon leur ordre, aussi comblées de ce bien qui est l'objet de la Provi­dence de Dieu que tout entre dans cette harmonie parfaite et définitive de la plénitude de l'amour de Dieu qui nous, comblera totalement et qui comblera chaque élément de notre vie, selon son propre désir et selon sa propre finalité.

 

 

AMEN