LES TALENTS
Ap 20, 1-4 et 21, 1-3 ; Mt 25, 14-30
(25 novembre 1988)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
|
Q |
ui ne risque rien, n'a rien !" Avec cette parabole dite des talents mais que, si on voulait la moderniser, il faudrait appeler la parabole des actions en bourse en bourse ou des SICAV, nous avons un exemple caractéristique de ce que signifie l'attente de la venue du maître.
Le maître est parti à l'étranger. Le Christ est exalté dans la gloire. Il a fondé son royaume. Comme Il le dit : "Je vais vous préparer une place !" Et que vont faire les serviteurs ? que vont faire les disciples ? Ils ont reçu la gestion des biens. Ils ont reçu la gestion du royaume. Ils ont reçu les signes du salut. Ils ont reçu l'amour vivant manifesté par la mort et la résurrection de leur Seigneur. Ils ont reçu la puissance de l'Esprit au jour de Pentecôte. Ils se sont reçus eux-mêmes des mains de Dieu. Tout cela constitue les talents, constituent ce qui leur a été confié. Comment le vivre ? Comment gérer tout cela ? Ou bien enfouir, garder frileusement chez soi, dans la peur, dans la crainte de ce qui pourrait arriver, constituer un bas de laine, mettre son argent sous le canapé de la salle à manger ou au contraire jouer le jeu de la liberté. Parce que le maître a été libre et généreux, le disciple doit vivre, lui aussi, libre et généreux.
Je crois que si l'on voulait poursuivre cette parabole et qu'arrive un quatrième serviteur en disant : "Tu m'avais donné six talents, je les ai perdus parce que j'ai essayé de tout faire mais les choses se sont mal arrangées !" j'imagine assez volontiers que le maître lui aurait dit : "Ecoute, c'était peu de chose ! Entre quand même dans la joie de ton maître, parce qu'au fond, tu as aimé, tu as été libre et tu as risqué le tout pour le tout pour ton Seigneur !"
Je crois que pour nous cette parabole a toujours une énorme actualité. Qu'est-ce que dans l'Église d'aujourd'hui nous faisons de la liberté qui nous a été confiée ? Qu'est-ce que nous faisons dans un monde qui est souvent si standardisé, où les comportements sont pour ainsi dire conditionnés par un certain nombre d'exigences sociales ou économiques? Nous avons reçu une liberté, mais qu'en faisons-nous? Est-ce que nous n'enfouissons pas purement et simplement cette liberté dans la terre ? Est-ce que nos communautés chrétiennes sont ces lieux où fructifie la liberté de l'homme, cette liberté de toute la création ? Est-ce que nos communautés sont ces lieux où fructifie la louange, la joie d'exister pour Dieu ? Est-ce que nos communautés sont ces lieux où fructifie la Parole de Dieu qui nous a été donnée pour l'annoncer et pour la partager à nos frères, et non pas la garder frileusement dans nos réserves ? Est-ce que nos communautés sont ces lieux de l'épanouissement et de la liberté de l'intelligence qui, à travers la création, recherche le visage de son Seigneur, sans avoir peur ou être paralysée par la science ou par de prétendus résultats qui pourraient nous effrayer ?
C'est cela que veut dire cette parabole. Pour la première communauté chrétienne qui réalisait tout à coup l'absence de son maître, c'était un choc. Mais qu'a-t-elle fait ? Au lieu de rester indéfiniment dans le Cénacle en attendant que l'on vienne leur demander des interviews pour savoir ce qui s'était passé et constituer des évangiles, elle l'a prêchée cette Bonne Nouvelle, elle est sortie d'elle-même, elle a laissé vivre et vibrer sa liberté, au fil même de la puissance de l'Esprit saint qui l'envoyait parmi toutes les nations Alors, nous-mêmes, quand nous arracherons-nous de nos cénacles ? Quand nous arracherons-nous de toutes nos peurs et de toutes nos craintes, pour vivre au grand vent de la liberté du souffle de Dieu ?
AMEN