JÉRUSALEM ! JÉRUSALEM !

Am 5, 1-6 ; Mt 23, 33-39

(9 septembre 1988)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

J

érusalem ! Jérusalem ! Toi qui tues les prophè­tes et lapides ceux qui te sont envoyés." Lorsque le Christ prononce ces paroles, c'est sans doute un des moments les plus douloureux de son existence car, au fond, le fait de n'avoir pas été accueilli par la ville de Jérusalem, le fait d'avoir pratiquement entrevu que le Messie, le Sauveur, mourrait rejeté hors des murailles était une des expériences les plus douloureuses qui soient. N'était-Il pas venu pour être accueilli par son peuple, pour l'entraîner dans sa Pâque et dans sa destinée messianique ? Par consé­quent le Christ parle à ces hommes, de la colère qui vient, Il ne parle même pas du châtiment car on est au-delà du problème du châtiment et de la rétribution.

Il leur parle tout simplement de ce qui peut coûter à un Dieu de voir son amour refusé. Pour le Christ, venant donner son amour au cœur même de son peuple, le fait que cet amour soit refusé suscite en Lui comme une sorte de cri déchirant à l'adresse de cette ville qu'Il aime d'un amour passionné. C'est pourquoi les évangélistes nous ont gardé ce témoi­gnage. Ils ont gardé ce témoignage d'un amour brûlant de Dieu qui ne se fait pas entendre. C'est pourquoi, par-delà la Jérusalem de la terre qui a été la contem­poraine de la venue du Seigneur, c'est cette Jérusalem que nous tous nous formons, cette Jérusalem poten­tielle que nous sommes, nous chrétiens aujourd'hui, qui sommes encore maintenant interpellés par ce cri du Christ mourant sur la croix et nous manifestant tout l'abîme de notre péché.

Ainsi donc pour nous encore aujourd'hui, le cri que le Christ adresse à Jérusalem s'adresse au cœur même de nos vies. Et il faudrait que ce cri réveille les capacités d'accueil que nous avons du mystère de Dieu. Au fond, il n'y a pas d'autre raison d'être à ces textes. C'est de dire au cœur de l'homme : "Si tu savais les capacités infinies que je mets en toi pour m'accueillir, moi, ton Seigneur !" Toute la mission de Jésus comme Messie est là. Il est "Celui qui vient" et c'est pourquoi Il dit, à la fin : "Vous ne me verrez plus jusqu'à ce que vous disiez : "Béni soit Celui qui vient !" Ce qu'il faut c'est que Jérusalem passe de ce refus dans lequel elle ne comprend pas que Dieu vient à elle à ce moment de bénédiction, à cet être de béné­diction dans lequel elle chante et célèbre précisément celui qui vient.

Vous voyez qu'il y a là l'articulation propre de notre existence en face de Dieu. Nous sommes tous, d'une manière ou d'une autre, une Jérusalem qui n'ac­cueille pas Dieu. Tout ce qui relève de notre péché est refus, fermeture à l'amour de Dieu. Mais par contre à partir du moment où la grâce de Dieu a opéré, à partir du moment où Lui-même a vécu sa Pâque, Il est ca­pable, Lui de transformer cette Jérusalem de refus que nous sommes en une Jérusalem de bénédiction qui chante et qui célèbre la venue de son Dieu. Chaque fois qu'au moment d'entrer dans la grande prière eu­charistique nous chantons : "Béni soit Celui qui vient au nom du Seigneur !", nous ne nous en rendons peut-être pas compte mais nous sommes réellement trans­formés en Jérusalem céleste. Qui que nous soyons, nous traînons notre lot de péché, de misère, de refus, de failles, mais, à ce moment-là, pour que Dieu vienne parmi nous, Il nous transforme en ce peuple capable de cette acclamation au cœur du monde : "Béni soit Celui qui vient au nom du Seigneur " ! Et c'est alors qu'à ce cri de joie et d'acclamation répond le mystère même d'un Dieu qui se donne, ce cri déchi­rant de l'amour de Dieu qui fait rupture au cœur même de notre monde pour que nous L'accueillions et que nous vivions en sa présence.

 

AMEN