FOI ET PRIÈRE

Jon 4, 1-11 ; Mt 21, 12-22

(31 août 1988)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

J

ésus se retire, la nuit, seul, à l'écart de la ville, habituellement pour la prière. Et au retour de cette nuit de prière, en rentrant dans la ville, Il eut faim. Faim de la prière, faim de la foi, de la foi du peuple d'Israël, faim de votre prière et faim de votre foi.

A la fin de l'évangile, le Seigneur dit : "Tout ce que vous demanderez dans une prière pleine de foi, vous l'obtiendrez !" L'enseignement de ce matin porte donc, même si c'est partiellement le sens de cet évan­gile, sur ce lien nécessaire et essentiel entre notre foi et notre prière. Pour continuer l'image, nous pourrions dire que la foi est comme un arbre. Elle prend racine dans le sol même, dans la sédimentation même de notre être, de notre vie, c'est-à-dire dans le mystère de la Trinité qui, peut-être, est plus sous nos pieds qu'au-dessus de notre tête, parce que c'est là que nous pre­nons nos racines profondes. Et cet arbre de la foi, à travers notre vie, doit se fortifier, s'étendre, porter feuillage et donner du fruit. Et dans un autre passage de l'évangile Jésus parle d'un fruit qui doit demeurer, "un fruit de vie éternelle".

La prière beaucoup plus secrète, Jésus nous la dit aussi : "Priez votre Père dans le secret !" Secret de votre chambre, ce qui ne veut pas dire qu'il ne faut pas prier en public, mais cela signifie que l'œuvre de la prière est profondément secrète en nous, un peu comme la sève, à l'intérieur même de toutes les fibres de l'arbre, qui puise profond dans le sol et va irriguer et vivifier les moindres ramures, justement pour que non seulement l'arbre porte un feuillage, quelque chose de très beau, de très grand, de très développé, j'allais dire tout l'habillement extérieur de l'arbre sa parure, mais aussi qu'il porte un fruit et un fruit qui demeure.

Or notre vie chrétienne ressemble bien sou­vent à ce figuier stérile que Jésus rencontre, devant lequel Il a faim et Il ne trouve ni foi ni prière. Il ne nous condamne pas à la sécheresse définitive, comme l'évangile le dit de façon figurative et peut-être un peu forcée, mais ce jugement du Christ sur le figuier de Palestine se pose sur nous pour savoir si notre vie de foi est la même que notre vie de prière. Nous le sa­vons, notre foi, n'est pas simplement un ensemble de vérités à croire, de façon parfois plus ou moins bien ajustée dans notre esprit, notre prière n'est pas un en­semble de pratiques plus ou moins régulières. La foi chrétienne se nourrit de notre prière et notre prière fait grandir notre foi chrétienne. Bien souvent, nous nous plaignons d'avoir des problèmes de foi. C'est parce que notre foi manque à la prière, comme l'arbre man­querait à sa sève, et la foi se stérilise. Souvent nous pensons que notre prière ne sert à rien et Jésus nous l'a dit : "Si vous rabâchez, vous faites comme les païens !" C'est parce que notre prière n'est pas d'abord faite pour grandir notre foi, mais nous la faisons pour obtenir ceci ou cela, fruit peut-être simplement de nos sentiments, de nos dispositions ou de quelque situa­tion assez restreinte à nous-mêmes. Un homme de foi est un homme de prière, un homme de prière est un homme de foi. C'est comme cela que grandit, en nous, cet arbre du royaume de Dieu, vivifié par cette sève intérieure de la prière. Et alors, il porte un fruit dont le Christ peut se nourrir et en tirer sa joie.

 

 

AMEN