PASSE DERRIÈRE MOI, SATAN !

2 Tm 4, 6-8 ; Mt 16, 21-28

(3 août 1988)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

A

peu de distance de sa belle confession de foi, Pierre ne comprend pas Jésus qui affirme qu'Il doit "monter à Jérusalem pour y souffrir, être mis à mort et ressusciter." Pierre ne comprend pas ces paroles et il proteste : "A Dieu ne plaise, qu'il n'en soit pas ainsi !" Et Jésus lui fait cette réponse très sévère : "Passe derrière moi, Satan !" c'est-à-dire : Tu es pour moi comme le tentateur, celui qui détourne du chemin.

De même que, par notre confession de foi, nous pouvons, comme Pierre, devenir fondement de la foi de nos frères, de même que nous avons reçu comme lui, à notre place humble mais réelle, la charge d'être un soutien pour la foi de nos frères, de la même manière, nous pouvons comme lui être traver­sés par des pensées qui ne viennent plus de Dieu, qui sont des pensées seulement humaines, et devenir à ce moment-là un obstacle pour la foi de nos frères. C'est cela l'enjeu si grave, si important de notre vie chré­tienne. Nous ne sommes pas chrétiens pour nous seul, pour notre propre salut, mais aussi pour le salut de nos frères. Notre manque de foi peut être pour eux un scandale, un obstacle, une tentation. Si nous raison­nons de façon purement humaine, nous pouvons dé­tourner nos frères de la route de Dieu.

C'est pourquoi Jésus ajoute : "Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il prenne sa croix et me suive !" Il n'y a de vie chrétienne que dans l'intimité avec le Christ. Nous ne pouvons être chrétiens que si nous sommes semblables au Christ, si nous marchons avec Lui, mettant nos pas dans ses pas. Et s'il nous faut prendre la croix, ce n'est pas par un goût malsain de la souffrance, mais parce que le Christ a pris le chemin de la croix et qu'il n'y a de bonheur et de salut que dans l'union au Christ, dans la proximité, dans l'intimité avec Lui. Tout le secret de la vie chrétienne est là. On ne peut pas être chrétien seul, on ne réalise pas un idéal, on se configure à celui qu'on aime. On rentre dans le chemin de Celui que nous aimons et qui nous a aimés le premier. Prendre sa croix c'est donc entrer dans le secret du Christ. Nous devons méditer cet amour du Christ qui a été assez grand pour aller jusqu'au don total de Lui-même, et à partir de là, humblement, modestement mais réellement, à notre mesure, être capables de lui ressembler.

C'est ce que saint Paul a vécu quand il nous dit : "Je suis déjà répandu en sacrifice, je suis déjà offert en libation. Le moment de mon départ (de ma mort) est venu, j'ai mené le bon combat pour le Christ, j'ai achevé ma course, maintenant est prépa­rée pour moi une couronne que le Christ me don­nera." Cette couronne n'est pas une récompense pour les bons offices de saint Paul, cette couronne c'est la reconnaissance de son identification au Christ, c'est son entrée dans la joie, dans la gloire du Christ, parce que ayant vécu, comme Lui, les souffrances, les épreuves et les combats, Paul peut, comme le Christ, entrer dans la joie et dans la gloire. C'est ce qui nous est offert. Etre chrétien, c'est d'abord, par la foi confesser le Christ, et ensuite, par l'amour, nous iden­tifier, nous configurer au Christ, mettre nos pas dans ses pas et essayer de lui ressembler.

Que cette eucharistie soit pour nous le fer­ment de cette ressemblance au Christ afin que nous puissions participer à sa vie et à son bonheur.

 

AMEN