LA FOI DU CENTURION

1 Tm 1, 12-17 ; Mt 8, 5-17

(21 juin 1988)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

D

ans ce passage de saint Matthieu, un païen fait son entrée au cœur même des discours qui sont propres aux juifs, afin de souligner l'incrédulité des "fils d'Abraham" puisque Jésus s'écrie : "Jamais je n'ai vu pareille foi en Israël" Éton­nante foi de celui qui, dans son propre métier, fait l'expérience de l'efficacité de la parole. Quand il donne un ordre à un soldat, celui-ci l'exécute. Ainsi, du fond de cette expérience proprement humaine, il sait qu'il a en face de lui quelqu'un dont la Parole est aussi efficace. Non pas qu'il ait commencé à croire à son pouvoir thaumaturge, mais il sait que la parole, l'autorité peut être efficace. Il suffit simplement de croire et d'y adhérer.

Si saint Matthieu prend soin de mettre à cet endroit cet épisode avec un païen, ce n'est pas pour dire aux juifs qu'ils ne sont plus l'objet de la pro­messe, mais pour souligner le caractère de ce Salut qui leur a été offert et auquel ils ne peuvent adhérer que par la foi. L'élection, qui est la leur et qui est belle, qui a une longue histoire et sur laquelle repose toute l'histoire d'Israël ne les dispense pas d'y adhérer par la foi. Loin de juger nos frères d'Israël, essayons de voir à quel point nous pouvons leur ressembler lorsque nous "gardons" les caricatures de la perfection de la vie chrétienne et que nous évitons de fréquenter les sources mêmes naissantes de la foi en nous.

Que vient nous dire ce centurion ? Que l'ad­hésion au royaume de Dieu, c'est le mouvement fon­damental de la foi qui doit naître au cœur de notre vie. Et souvent, dans notre propre vie, nous allons au terme avant de commencer. Nous essayons de mettre en place en nous, dans notre comportement les uns avec les autres ou avec Dieu, l'apparence d'une cer­taine sainteté. Nous nous déguisons davantage que nous croyons. Il est vrai que le cœur de l'homme est parfois si opaque ou si pesant qu'il faut lui montrer le bout du chemin afin qu'il commence à croire. Mais reconnaissez avec moi que la foi du centurion est toute neuve, elle est pure et de plus elle s'inscrit dans un climat d'angoisse, de doute au sujet de ce serviteur que ce centurion doit aimer ou respecter et qui souf­fre. La foi naît dans ce cœur d'homme, en dépit d'au­cune élection dont il serait l'objet, mais que vient re­joindre le Salut de Dieu. Le centurion n'a pas pris les moyens adaptés pour se donner l'apparence d'une vie correcte et de se déguiser en fonction de ceux qui doivent recevoir ce salut. Il y est allé avec cette sim­plicité d'homme qui sait qu'une parole peut guérir.

Ainsi, il nous est demandé à nous aussi de re­trouver comme la source première, l'origine de notre foi en la Parole qui guérit, dans le Verbe qui s'est fait chair. Car étonnant parallélisme de ce texte de Mat­thieu avec le prologue de Jean : "Je ne suis pas digne de te recevoir, mais dis seulement un mot, dis seule­ment ton Verbe et je serai guéri". Nous sommes là au seuil de la demande de Dieu pour le cœur de l'homme que de croire à l'efficacité de son Verbe qui a pris chair. Nous ne sommes pas là à compter ce que nous avons reçu ou en quoi nous sommes choisis, mais nous sommes là à marcher vers ce Dieu, en renouve­lant en nous-mêmes, la foi qui nous a mis en route et qui est le fait de croire qu'un Verbe fait chair peut sauver tous les hommes, sans exception.

 

AMEN