VA D'ABORD TE RÉCONCILIER

Qo 5, 9-16 ; Mt 5, 20-26

(3 juin 1988)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

J

ésus enseigne à ses disciples et aux foules ras­semblées autour de Lui qu'Il est venu pour ame­ner la loi de Moïse, la loi des commandements de Dieu à son accomplissement. Cela veut dire non pas qu'on va laisser tomber ces commandements mais au contraire que l'on va trouver leur sens profond.

Jésus dit d'abord qu'il ne faut s'en tenir à des choses élémentaires : "Tu ne tueras pas" et ensuite de faire n'importe quoi dans la vie. Si je ne dois pas tuer mon frère c'est parce qu'il est mon frère, parce qu'il est ma vie, parce qu'il est mon ami, parce que je l'aime. Et je ne dois pas non plus lui vouloir du mal, je ne dois donc pas l'insulter, encore moins le maudire ou lui faire du tort. Et si par hasard j'ai fait du mal à un de ces hommes qui m'entourent et qui sont mes frères, je dois vite me réconcilier avec lui, je dois vite faire la paix. C'est donc quelque chose que nous avons à vivre tous les jours.

Jésus va plus loin et dit encore : "Quand tu viens à l'autel" c'est-à-dire quand tu viens à l'église, quand tu viens à la Messe, devant l'autel, "pour pré­senter ton offrande". C'est ce que nous allons faire tout à l'heure. Nous allons présenter à Dieu ce pain et ce vin qu'Il va transformer au corps et au sang du Christ. Si quand tu viens ainsi pour prier, pour ren­contrer Dieu, pour communier, ce que vous allez faire aujourd'hui, et si tu te rappelles qu'il y a quelque chose qui ne va pas entre toi et ton frère non pas que tu en veux à ton frère mais simplement que ton frère t'en veut à toi, que ton frère a quelque chose à te re­procher, que tu as été méchant avec lui ou simplement indifférent, tu ne l'as pas vu, tu ne t'es pas rendu compte qu'il était là, si ton frère a quelque chose contre toi, et bien, au lieu de rester là à prier, au lieu de rester là à la messe et de communier, tu laisses là ton offrande et tu vas d'abord te réconcilier avec ton frère, tu vas d'abord lui demander pardon, tu vas d'abord faire la paix avec lui, retrouver l'amitié avec lui. Pourquoi cela ? Parce qu'il n'est pas possible d'aimer Dieu, d'être l'ami de Dieu si on n'aime pas ses frères, si on n'est pas l'ami de ses frères. Tout cela marche ensemble.

Jésus demande que si nous avons rompu cette amitié nous allions demander pardon. C'est la raison pour laquelle tout à l'heure, à la messe, avant de communier, nous allons nous donner le baiser de paix. Nous allons nous embrasser pour dire que nous nous aimons, que si, par hasard, nous avons fait quel­que chose les uns contre les autres, nous nous deman­dons pardon. Ce geste est d'abord pour nous réconci­lier et, si nous n'avons pas besoin de nous réconci­lier, pour nous dire que nous sommes frères, que nous sommes amis, que nous nous aimons les uns les au­tres parce que nous sommes les frères de Jésus, parce que nous sommes les fils de Dieu.

Il y a donc là une même communion entre Dieu et nous qu'entre nous et nos frères. Recevoir l'hostie, recevoir le calice, on appelle cela faire sa communion, et vous allez faire votre première com­munion. Vous allez, pour la première fois, recevoir le corps de Jésus sous la forme du pain, recevoir le sang du Christ sous la forme du vin. Mais le mot commu­nion ne désigne pas seulement ce geste. Ce mot signi­fie "union avec". En mangeant le corps du Christ, en buvant son sang, nous sommes unis avec le Christ. Le Christ va nous remplir de sa présence, va habiter en nous, va ne faire qu'un avec nous. Communion, union, ne faire qu'un, tout cela c'est le même mot. Nous ne faisons plus qu'un avec Jésus parce que nous recevons son corps et son sang, que son corps vient se mêler à notre corps et son sang à notre sang. Ainsi nous sommes véritablement unis à Lui. Mais il n'y a communion avec Jésus que s'il y a, en même temps, communion avec nos frères. Pour pouvoir nous unir à Jésus, il faut être unis tous ensemble. Pour aimer Jé­sus, il faut nous aimer les uns les autres. C'est pour cela que, avant de recevoir Jésus, nous faisons la paix avec nos frères, avec ceux qui nous entourent et nous leur disons que nous les aimons. Et il faut que ce soit vrai, il ne faut pas que ce soit seulement un geste ex­térieur mais que cela corresponde vraiment à ce qui est dans notre cœur.

Alors, avant de communier au corps de Jésus, on dit à ses frères que l'on communie avec eux, et quand on a communié avec le Christ, on communie encore plus avec ses frères et ses sœurs parce que l'amour que Jésus met dans notre cœur va rayonner en amour de tous ceux qui nous entourent. Cela fait comme une grande chaîne d'amour qui part du cœur de Dieu, qui remplit notre cœur et qui doit déborder de notre cœur sur tous ceux qui nous entourent. C'est cela toute la loi menée à sa perfection. C'est découvrir que l'amour est au cœur de notre vie et qu'il n'y a que cela qui compte, que c'est cela seul qui peut nous ren­dre heureux et nous sauver. Etre chrétien c'est, en communiant au corps et au sang de Jésus, apprendre à aimer comme Jésus nous aime, et cela toute notre vie.

 

AMEN