UN POISSON QUI VAUT DE L'OR !
Tb 10, 1-7 d ; Mt 17, 24-27
(12 août 1987)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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I |
l y a dans cette histoire de pêche de saint Pierre quelque chose qui fait rêver. Qu'un pêcheur parte à la pêche et trouve immédiatement un gros poisson, cela n'arrive pas tous les jours. Mais qu'en plus, dans la gueule de ce poisson, il trouve le chèque qui lui permettra de payer ses impôts et ceux du voisin, cela n'est arrivé qu'à saint Pierre. En réalité ce petit épisode a une valeur d'enseignement surtout pour la première communauté chrétienne.
En effet, il s'agit de savoir quel est le statut de ceux qui, par la mort et la résurrection de Jésus-Christ, sont entrés dans ce peuple qui est l'Église. Ils sont juifs et cependant ils ne se sentent plus nécessairement tenus aux redevances que constituait le paiement de l'impôt du Temple. Il y avait là comme un drame de conscience, ou une question de conscience : quand on était juif vivant à Jérusalem, fallait-il continuer à payer la redevance au Temple alors que, désormais, le salut plénier étant arrivé par Jésus-Christ cette redevance était tombé en désuétude à cause de sacrifice parfait de Jésus. Et qu'il s'agisse de Pierre et de Jésus, qu'il s'agisse de la première communauté de Jérusalem, le problème était pratiquement le même. Si le Christ était venu dans son peuple pour lui donner la pleine liberté des enfants de Dieu et le véritable culte, quel sens pouvait encore avoir la redevance du Temple ? saint Pierre répond encore selon l'économie ancienne et de l'appartenance de Jésus au peuple juif. Mais lorsque Jésus le prend seul à seul, il lui explique le sens exact de cet impôt.
Au fond, que signifie l'impôt ? C'est une servitude que ne paient pas les membres de la famille royale mais les sujets. Or à partir du moment où le Christ est venu comme le Fils unique, Celui qui est la source de toute liberté, Celui qui est venu nous donner la plénitude même d'enfants de Dieu, nous ne pouvons plus comme les sujets qui doivent payer l'impôt. Donc il ne faudrait plus payer l'impôt au Temple. Mais en même temps, le Fils est venu en Israël. Il est l'héritier de toute la tradition d'Israël. Même s'il est le Temple véritable, il est venu dans un peuple qui continue à célébrer le culte dans le Temple de pierre construit par Salomon puis Hérode. Par conséquent il faut trouver une solution élégante à ce problème. Comment témoigner de la liberté des fils de Dieu et cependant ne pas se désolidariser du peuple d'Israël ? C'est pourquoi Jésus dit à Pierre : "Va et dans le poisson, tu trouveras notre impôt !"
Que signifie alors trouver l'impôt dans le poisson ? C'est le trouver comme venant de Dieu. Ce n'est pas parce que Jésus et Pierre ont travaillé qu'ils ont recueilli l'argent de l'impôt, mais cela leur est donné. Ainsi il manifeste que c'est par grâce que, désormais ils peuvent accomplir l'obligation de l'impôt, non plus par devoir ou par contrainte, et qu'en même temps ils sont vraiment fils, c'est-à-dire qu'ils vivent sous le régime du don et de la grâce sans pourtant se désolidariser de la destinée du peuple.
Je ne pense que pour nous aujourd'hui, ce récit ait une force comparable à celle qui devait résoudre les problèmes des premiers chrétiens car la question de la redevance au Temple ne se pose plus. Mais je pense qu'on pourrait de façon très profitable le situer par rapport au monde, car nous sommes de ce monde sans être du monde, nous sommes déjà du Royaume, et nous ne devons pas vivre comme des esclaves de ce monde. Ce que nous avons de meilleur à donner au monde ce n'est pas de vouloir nous asservir ou nous rendre solidaires de ce monde, mais c'est de témoigner que tout ce que nous pouvons apporter au monde ne vient pas d'abord de notre propre effort, mais de la grâce de Dieu symbolisée par cette pièce de monnaie trouvée dans la gueule du poisson. Ainsi nous pourrions être, au cœur même de ce monde, des témoins qui ne refusent pas ce monde ce qui serait une très mauvaise attitude, mais qui sont chargés, par Dieu, de lui apporter le don de la grâce.
AMEN