VOUS QUI FERMEZ LA PORTE

Jr 36, 1-4+5-8+10 ; Mt 23, 13-22

(9 octobre 1986)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

M

alheur à vous, scribes et pharisiens, quand vous fermez les portes du Royaume à ceux qui veulent y entrer ! Non seulement les autres n'y entreront pas, mais vous non plus."

Cette parole que Jésus adresse aux scribes et aux pharisiens, je ne pense pas que vous la preniez pour vous-mêmes. Je ne pense pas que vous vous placiez spontanément parmi les scribes et les phari­siens. Et bien, vous avez tort. Car le Christ le disait à ses disciples : "Méfiez-vous du levain des pharisiens !" C'est donc que ce levain des pharisiens n'est pas étranger même au cœur des disciples, car on ne se méfie pas de ce qui est loin, mais de ce qui est proche, voire même dans notre cœur alors que nous ne le sa­vons pas.

Oui malheur à nous si nous fermons aux au­tres les portes du Royaume de Dieu. Saint Paul qui était de ce milieu des scribes et des pharisiens, qui avait une connaissance approfondie de la Loi et une manière quelque peu légaliste de l'accomplir, saint Paul dira plus tard, comme en écho inverse à cette parole du Christ : "Malheur à moi si je n'évangélise pas !"

Le Royaume de Dieu nous est donné. Le Royaume de Dieu est au milieu de nous. Le Royaume de Dieu est pour aujourd'hui et pour tous les hommes d'aujourd'hui. Ce n'est pas à nous de juger s'ils y en­treront ou pas au jour de leur mort, mais parce que nous avons reçu cette loi d'amour de Dieu, nous ne pouvons pas, sous peine d'hypocrisie et de malheur, la garder pour nous. Et s'il est vrai que ni vous ni moi n'avons envie, de façon consciente et volontaire, de fermer la porte du Royaume à nos frères, peut-être que, d'une autre façon, nous leur fermons l'accès à l'amour de Dieu aujourd'hui parce que nous n'évangé­lisons pas, parce que nous gardons ce trésor pour nous, parce que nous sommes heureux d'être chrétiens mais, comme le disait Albert Camus, "s'il n'y a pas de honte à être heureux, il y a honte à être heureux tout seul !"

Jésus disait à la samaritaine : "Si tu savais le don de Dieu !" et la samaritaine, sans savoir très bien ce que signifiait ce "don de Dieu" était partie en cou­rant annoncer ce quelque chose à d'autres qui, eux aussi, allaient découvrir avec elle, le don de Dieu. Celle-là n'avait pas fermé la porte du Royaume à ceux qui vivaient prés d'elle. Nous, nous savons ce qu'est le don de Dieu, nous en vivons chaque jour, c'est la rai­son pour laquelle vous comme moi nous sommes ici, ce don de Dieu c'est notre joie, c'est notre bon­heur, c'est parfois le poids de notre vie, à cause des difficultés, des luttes, des exigences qu'il entraîne dans notre propre vie. Mais recevoir ce "don de Dieu", à usage strictement personnel, Jésus nous le dit, c'est un bien grand malheur. Car, nous le savons bien, un don, un trésor, une richesse que nous possé­dons perd quasiment toute sa valeur si nous la gar­dons égoïstement pour nous. Et nous savons bien que le plus grand bonheur qui vient de nos richesses, c'est tout simplement de les donner et de les partager. Et c'est ainsi d'ailleurs qu'elles grandissent et continuent d'enrichir notre propre cœur.

Alors ne passons pas trop vite sur cette malé­diction. Il faut, je crois puisque c'est une parole d'évangile, la prendre chacun pour nous, et écouter ce qu'elle nous dit. Et cette parole dit une chose très simple : "Tu ne seras vraiment fils du Royaume que si tu permets à d'autres de devenir, avec toi, fils du Royaume, choisis la manière que tu veux, mais surtout ne ferme pas aux autres la porte de ce Royaume, parce que dans leur cœur, il y aussi une soif ardente de Me connaître et de vivre avec Moi."

 

AMEN