NOUS SOMMES LE TEMPLE DE DIEU

Jr 32, 16-27 ; Mt 21, 12-22

(25 septembre 1986)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

N

ous le savons, saint Paul l'a longuement expliqué dans l'épître aux Romains, nous sommes le temple de Dieu. Par notre bap­tême, l'Esprit Saint est venu habiter ce temple, temple que Lui-même avait construit, puisque nous sommes créés, façonnés par Lui, depuis les profondeurs du sein de notre mère. Nous avons été "tissés", nous avons été "brodés" comme dit le psaume 138. Nous sommes, chacun personnellement et en Église, au­jourd'hui, le "temple non construit de main d'homme", le temple de Dieu habité par son Esprit. Et en ce jour s'applique à nous cette parole de Jésus : "Je vais venir dans ce temple que vous êtes et je vais en chasser les brigands et les marchands qui s'y sont installés. Et j'y viens aujourd'hui, comme je suis venu hier dans le temple de Jérusalem, avec mon corps et mon sang, avec ma parole".

Oui, c'est à cela qu'il faut s'attendre mainte­nant, dans la logique efficace de la Parole de Dieu, qu'Il va venir en nous pour en chasser les brigands, les méchants, tout ce qui n'est pas de Lui. Car c'est vrai que notre temple, notre vie est encombrée de toutes sortes de choses qui n'ont rien à voir avec l'évangile et avec l'amour de Dieu. Et même lorsque nous prions, peut-être que notre prière est encore encombrée de tas de choses qui n'ont rien à voir avec l'évangile et l'amour de Dieu, quand nous en faisons une prière de commerce, de demande, d'attente, lorsque nous n'en faisons pas une prière de louange. En effet, et Jésus cite le psaume 8, "Les nourrissons, eux, font de leur prière une louange". Et la citation est incomplète car le psaume 8 dit : "La prière des tout-petits enfants est devenue un rempart de force."

Alors que ces quelques phrases de Jésus au­jourd'hui viennent vraiment nous toucher au cœur même de ce que nous sommes, un temple de Dieu, pour que notre prière, à condition qu'elle soit dans la foi, et Jésus nous dit que sans la foi, la prière c'est du brigandage, ce n'est plus l'adresse confiante et sponta­née à la gloire de Dieu dans l'Esprit Saint, pour que notre prière, notre louange dans la foi soit un rempart de force, là où nous sommes temple de Dieu. Et je crois que beaucoup de nos difficultés de conversion dans la foi chrétienne viennent de cela. C'est que no­tre prière n'est pas une louange, donc n'est pas un rempart de force contre le mal qui, sous une forme ou sous une autre, veut entrer dans ce temple, et s'y ins­taller, contre ce mal qui vient "faire commerce" en nous, contre ce mal qui est un brigandage de ce que Dieu a fait pour nous, dans l'œuvre de la création et dans l'œuvre de la Rédemption.

Oui, si notre prière dans la foi n'est pas vrai­ment une louange à la gloire de Dieu, c'est-à-dire à la présence de la Trinité en nous, nous serons de plus en plus fragiles à tout ce qui vient de l'extérieur, qui vient nous envahir et qui petit à petit s'installe en nous sans que nous nous en apercevions car cela se fait lentement mais prend toute la place. Et il n'y a alors plus de place pour Dieu, donc plus de place pour nous-mêmes.

Le Christ aujourd'hui nous invite, personnel­lement et en Église, à retrouver ce sens de la prière comme une louange. Et cette louange doit habiter la totalité de notre temps et la totalité du temple que nous sommes, car lorsque nous cessons de prier les brigands et les commerçants entrent dans notre vie. Lorsque nous cessons de faire de notre vie une prière, une offrande à la gloire de Dieu, pour la louange de Dieu, d'autres prennent la place et vocifèrent, et crient, et amènent leurs paroles qui ne sont, à ce mo­ment-là, que du bavardage. Le Christ vient, en sa chair et son sang, dans le temple que nous sommes, pour le purifier et pour en faire vraiment une maison de prière à la gloire de son Père. Puissions-nous, aujourd'hui, accomplir sa volonté.

AMEN