LE JEUNE HOMME RICHE
Jr 32, 6-15 ; Mt 19, 16-30
(24 septembre 1986)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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uand nous entendons ce dialogue entre le jeune homme et Jésus, il nous apparaît clairement que ce jeune homme est au point avec ce qu'on appelle la morale, c'est-à-dire avec les exigences du métier d'homme.
En effet, Jésus lui demande quelle est sa vie, et la vie de ce jeune homme est juste, elle est sainte, au sens où il a mis en pratique dans sa vie, ces principes inaliénables inadmissibles qui sont ceux de la morale de tout homme. Les principes de cette vie, ceux qui respectent la vie fondamentale puis ceux qui ouvrent à l'amour du prochain et de Dieu, ce sont ceux que le jeune homme a mis en pratique dans sa vie, et pourtant il lui manque quelque chose, et ce quelque chose engendre la tristesse.
Lorsque Dieu parle à l'homme, certes il fait appel en premier lieu à ce terrain privilégié où l'homme apprend à être juste, à être bon avec ses frères et dans sa vie, tout au long de sa vie. Mais il manque quelque chose, c'est qu'effectivement le projet de Dieu dépasse infiniment ce que l'homme pourrait en comprendre par lui-même. Ce projet que Dieu a sur l'homme, cette grandeur que Dieu veut restaurer dans l'homme ne peut pas se suffire à se comprendre uniquement sur le plan de la morale, aussi nécessaire soit-elle, mais elle passe par le mystère de la communion.
Si le jeune homme s'en va et s'éloigne de Jésus, tout attristé, s'il s'éloigne de fait de cette communion, de cette vie en Dieu que Jésus lui propose, c'est que, de fait, il se coupe de cette source de vie, de ce projet beaucoup plus grand que Dieu a de tout temps éveillé dans le cœur de l'homme, d'être avec lui au plus profond de sa vie, afin de le restaurer dans l'Image, dans l'image première de la création.
Un mystère de communion, voilà bien ce qui dépasse le plan de la morale. C'est ce mystère où le Christ veut vivre avec nous, en chacun de nos instants, non seulement pour nous rendre bons et justes, mais pour dépasser ce niveau afin que nous vivions en Lui, par Lui et avec Lui. Un mystère de communion, voilà bien le centre de la vie chrétienne, que non seulement nous avons à exiger de nous-mêmes, de devenir parfaits, mais que cette perfection ne peut être atteinte que par le Christ Lui-même vivant en nous.
Ce regard de Jésus qui accompagne ce jeune homme est lui aussi tout chargé de tristesse que ce jeune homme n'ait pas accepté d'ouvrir son cœur à cette vie nouvelle que Jésus lui proposait. Mais il y a, en face de Dieu, une impasse. C'est la liberté propre de l'homme, et Dieu ne se permettra jamais de l'aliéner et de lui imposer quoi que ce soit. Ainsi, dans ce regard de Dieu sur l'humanité, aussi juste soit-elle, il y a cette longue invitation à faire de ce partenaire, vraiment, le compagnon de la vie de Dieu. Ainsi l'homme ne se contente pas simplement d'éveiller en lui ce qu'il y a de meilleur, mais il s'éveille à un plus grand encore, qui est la vie même de Dieu.
Nous tous ici présents, qui allons communier à cette vie de Dieu, portons en nous-mêmes cette joie profonde d'avoir été appelés à quelque chose de plus grand encore, quelque chose que nous ne pouvons pas encore saisir, qui est le projet de Dieu sur nous, qui est notre prochaine grandeur. Et ainsi, c'est le cœur en fête que nous pourrons continuer à vivre dans le Christ.
AMEN