MARIAGE ET CÉLIBAT
Jr 31, 35-40 ; Mt 19, 1-12
(23 septembre 1986)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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e passage de saint Matthieu a l'avantage, à la différence des autres évangélistes, de re-situer l'une par rapport à l'autre deux grandes vocations dans l'Église, celle du mariage et celle du célibat consacré.
En effet, le Christ devant les questions et les objections des pharisiens revient à ce qui constitue le cœur même de la foi d'Israël pour ce qui est de la sexualité et du mariage. Il leur demande : "Comment en était-il à l'origine ?" - "Il les fit homme et femme et Il les a unis d'une union indissoluble." Le sens profond de cette union c'est que Dieu avait, dès l'origine, voulu faire passer dans toute la condition humaine, jusque dans sa sexualité, le reflet de son image, de sa tendresse et de son amour, et qu'ainsi le mystère même de l'homme et de la femme créés aux origines du monde, c'est qu'ils sont constitués par l'amour même de Dieu. Le genre humain, l'espèce humaine ne se développe pas seulement sur la base d'une sorte d'instinct de reproduction, il se développe parce que dans la constitution même de la famille humaine c'est toujours l'amour de Dieu qui en est à la source et à la racine.
C'est pourquoi, lorsqu'on lui fait l'objection concernant Moïse, le Christ dit que la possibilité de la répudiation ou du divorce n'a été permise qu'à cause de la dureté de cœur mais qu'en réalité jamais la Loi profonde de l'union de l'homme et de la femme, et le sens profond de la vie humaine, de la famille humaine ne pouvait être contestée. Et précisément si le Christ rappelle les origines, c'est pour montrer que Lui, par sa grâce, vient redonner au sacrement du mariage et de la famille sa splendeur première et primitive. Parce que le Christ a épousé, dans notre chair, la condition humaine, Il restaure notre chair tout entière et le couple humain (dans la grâce de Jésus mort et ressuscité pour nous) retrouve la signification première et profonde de ce qu'est la vie humaine, la fidélité humaine et le don, la transmission de la vie de génération en génération.
Ainsi donc tout le mystère de la condition charnelle, de la sexualité, de la vie humaine et de la famille humaine comme lieu de la transmission de l'amour de Dieu, retrouve sa plénitude et son orientation première qui est le Royaume de Dieu. Si Dieu a voulu que l'espèce humaine se constitue de nombreux individus, c'est précisément pour qu'elle construise, elle aménage, dans la multiplicité même de ceux qui vivent ce mystère de l'aventure humaine, elle aménage le Royaume de Dieu, l'unité d'une famille autour de son Seigneur.
Et c'est là que le Christ ajoute un enseignement qui n'est pas contre, mais qui montre précisément le dépassement que le Christ veut amener: il parle de la continence volontaire de "ceux qui se font eunuques par eux-mêmes pour le Royaume de Dieu." En réalité, cela ne signifie pas qu'il y a opposition entre les deux vocations, mais qu'elles s'éclairent mutuellement. Parce qu'elle est orientation vers le Royaume, la vocation à la continence volontaire rappelle aux gens mariés que l'orientation définitive de leur mariage c'est aussi, le Royaume. Et de la même façon, les gens mariés, par le fait de cet amour, de cette fidélité, de ce don de la vie qu'ils portent en eux, rappellent aussi à ceux qui vivent dans la continence ou la chasteté consacrée qu'eux-mêmes, tous ensemble, ils vivent aussi pour ce Royaume.
C'est ainsi que se construit le Royaume et l'Église, c'est ainsi que commence la résurrection au cœur de notre temps, au cœur de notre Église, c'est ainsi que tous, quel que soit notre état de vie, nous sommes appelés, invités par le Seigneur, à fonder, dès ici-bas, sur cette terre et dans notre chair, les bases du Royaume des cieux et de la grâce.
AMEN