LE VRAI CHEMIN DE LA CROIX
Jr 30, 10-17 ; Mt 16, 21-28
(18 septembre 1986)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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I |
l est frappant de constater, lorsque le malheur s'abat sur nous, qu'il y opère comme une simplification. En effet, au sein même de l'épreuve, au sein même de la maladie quelque chose de simple apparaît devant nous, d'une part les lumières et de l'autre les ténèbres. L'amour ou la haine, l'humilité ou la révolte. Voilà cette simplification qui s'opère devant nous par le malheur.
Il ne faudrait pas croire que, parce que le Christ parle de croix, il faut se précipiter, tout bras ouverts, sur les épreuves qui nous attendent ou sur le malheur qui peut tomber sur nous, pour, justement, gagner cette simplification de voir nettement ce combat que le Christ va mener en montant vers Jérusalem et en montant sur la croix.
Parler de prendre sa croix, ce n'est peut-être pas croire systématiquement qu'il faut choisir le chemin le plus difficile ou du moins le plus malheureux, pour pouvoir enfin gagner ce salut que le Christ nous offre. Il y a deux solutions. La première c'est que nous avons avec nous une arme efficace contre le malheur et contre l'épreuve : la prière et le jeûne. Et pourquoi les négliger si, effectivement, Jésus Lui-même dans sa vie n'a cessé d'insister et de nous exhorter tous à cette prière permanente, car elle est vraiment une arme efficace. La seconde c'est que, quelque part, nous pouvons prendre les devants de cette simplification.
En effet, si le malheur ou les épreuves qui nous assaillent, et nous portons tous et chacun notre croix, si le malheur et les épreuves nous amènent à être plus clairs ou à une meilleure compréhension de ce qu'est la croix pour le Christ, il y a une façon de se mettre un peu au-devant, de prendre les devants, c'est de se précipiter non pas dans l'épreuve ou le malheur mais dans l'amour. En effet, aimer c'est déjà porter sa croix. Aimer, jour après jour, faire de sa vie une charité incessante, ouverte au cœur des autres, ouverte au cœur de Dieu, c'est s'exposer au risque de l'amour, de sa faiblesse, au risque que le monde ne le reconnaisse pas, au risque que le monde l'écrase de sa violence, au risque que le monde ne le crucifie à son tour.
Mais voila le vrai chemin de la croix, non pas uniquement celui du malheur car nous avons possibilité de prier pour l'éviter ou qu'il nous épargne, mais tout au contraire de nous ouvrir le cœur le plus large possible à cet amour si difficile, à celui qui nous mènera certainement à ce que la mort nous prépare c'est-à-dire la croix avec le Christ. Un chemin qui mène vers Jérusalem, c'est ce chemin de l'amour qui se risque vers l'autre, c'est ce chemin de l'amour du cœur qui s'ouvre, acceptant le risque d'être, un jour, blesse.
Alors si la prière ou le jeûne ne nous ont pas empêché de recevoir tel ou tel malheur si l'épreuve nous assaille, prenons les devants et aimons davantage, car vraiment, là est notre chemin, celui que le Christ nous a ouvert.
AMEN