UN DIEU PROCHE
Jr 23, 16-24+28 b-29 ; Mt 13, 24-52
(9 septembre 1986)
Homélie du Frère Michel MORIN
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érémie nous a livré cette pensée de Dieu : "Ne serais-je un Dieu que de près ? De loin ne serais-je plus un Dieu ? Est-ce que le ciel et la terre, je ne les remplis pas ?"
Il y a deux façons d'approcher la présence de Dieu. Une façon universaliste où nous le tenons pour quelqu'un de lointain, de puissant, parfois de terrifiant et donc à craindre. Une conception où Dieu est un Dieu qui, de fait, habite le monde, mais qui parfois se mélange avec les réalités du monde, avec les réalités cosmiques ou les réalités terrestres, voire même parfois avec les événements de ce monde. Et c'est une tentation pour nous d'attribuer d'une façon trop rapide et en tout cas trop directe la responsabilité de certains événements du monde à Dieu Lui-même. Comme s'Il était partout présent, pour mener les choses, un petit peu pour tirer les ficelles, de façon cachée et pourtant extrêmement efficace.
Et il y a une autre approche qui n'est pas universaliste, mais qui serait plutôt intimisme, au sens où Dieu serait un Dieu des sentiments, voire de la sensibilité, une sorte de Dieu proche, trop proche, un petit peu "un dieu d'oreiller", de quelqu'un avec qui l'on ne voudrait avoir que des liens extrêmement intimes, c'est-à-dire personnels ou plus encore individuels, individualistes. Et ceci est aussi une de nos tentations.
Or Dieu Lui-même se dit un "Dieu très proche, mais aussi un Dieu qui est au loin". Et ceci nous donne de méditer un instant sur cet infini de Dieu, sur cette grandeur de Dieu, sur cette sainteté et toute-puissance de Dieu que nul homme, que même pas la totalité de toutes les intelligences humaines ne peut concevoir ni même approcher, mais en même temps d'un Dieu infini qui est infiniment près. Et c'est le même Dieu. Il n'y a pas le Dieu du cœur, le Dieu des événements intérieurs, il n'y a pas "mon" Dieu personnel à côté d'un Dieu qui serait lointain, qui serait impersonnel et pourtant omniprésent. Nous avons de Dieu parfois l'une ou l'autre de ces approches.
Aujourd'hui peut-être cette majesté, cette grandeur de Dieu, nous l'oublions souvent parce que, après un certain nombre de siècles, il nous faut revenir à une vie chrétienne plus intérieure, plus intériorisée, où Dieu est vraiment, dans l'intimité de notre propre vie personnelle, là où personne ne connaît ce que nous sommes, même pas nous-mêmes. Là Il est ce compagnon de la vie quotidienne, ce familier de notre être, ce familier de nos événements, ce familier de nos peines ou de nos joies. Et c'est vrai que Dieu est au fond de nous-mêmes, au cœur même de notre être, présent et d'une présence infiniment tendre, infiniment amoureuse, dont nous n'avons probablement pas une véritable conscience. Et cependant ce Dieu qui est infiniment tendre et proche, c'est le Dieu infiniment grand, c'est le Dieu tout-puissant, c'est le Dieu éternel, c'est le Dieu irréductible à rien, c'est le Dieu qui nous dépasse et qui nous dépassera toujours de toute sa divinité, même dans la contemplation face à face où, devant Dieu, nous serons toujours une créature pauvre, une créature misérable, même transfigurée.
Oui, Dieu est vraiment un Dieu intime, un Dieu proche, un Dieu profondément présent, beaucoup plus présent à nous-mêmes que nous-mêmes, mais ce même Dieu est un Dieu lointain, un Dieu immense, un Dieu que nous ne pourrons jamais connaître sur cette terre, un Dieu qui est le Dieu de tous, un Dieu qui est le Dieu de tout, un Dieu qui est le Dieu de l'univers. C'est ce Dieu-là qui va nous donner aujourd'hui, dans la Pâque de son Fils, son infinie tendresse et son infinie grandeur. Et c'est cela qui va être pour nous, aujourd'hui, cette perle du Royaume pour laquelle peut-être nous allons désirer vendre un peu plus ce que nous avons pour pouvoir le posséder davantage, c'est-à-dire en vivre de façon plus profonde et de façon plus vraie.
AMEN