LE SABBAT
Jr 17, 5-10 ; Mt 12, 1-8
(19 août 1986)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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orsque les pharisiens font des prescriptions concernant le repos du sabbat un thème de polémique avec Jésus, c'est précisément parce que ce repos du sabbat était quelque chose de fondamental et important dans la foi d'Israël. Encore aujourd'hui, les juifs pieux pensent que le jour où le shabbat sera intégralement respecté dans le monde, ce sera la venue du Messie. C'est dire que dans la mentalité, dans la pensée, dans la foi juive, ce respect du sabbat n'est pas simplement un ensemble de préceptes ou de prescriptions qu'il suffirait d'appliquer pour être en règle, mais c'est vraiment le moyen de laisser advenir la présence de Dieu au cœur du monde, dans le repos du cœur de l'homme. C'est pour cela qu'ils attaquent le Seigneur.
C'est pour cela qu'ils lui reprochent de laisser les disciples faire un travail servile, c'est-à-dire: que cueillir quelques épis, de les froisser dans leurs mains et de les manger. A ce moment-là, il est important de voir la manière dont le Christ réfute les pharisiens. Les deux références qu'Il prend sont tirées de la Loi et de la vie de David. Dans le premier cas, David fait ce qui n'est pas permis, c'est-à-dire parce qu'il n'est pas permis de manger les pains de proposition qui sont devant l'autel du Seigneur. Dans ce cas-là, on a l'exemple manifeste d'un contour et même d'une infraction par rapport à la Loi sacrée concernant le Temple. Et ce qui est important c'est que cette infraction est commise dans le Temple. Le deuxième exemple que cite Jésus est le fait que les prêtres accomplissent un travail, car offrir des sacrifices était considéré comme un travail, mais ils le font aussi le jour du sabbat, c'est-à-dire qu'ils violent les prescriptions concernant le sabbat, mais là aussi cela se passe dans le Temple.
Pourquoi Jésus prend-Il ces deux références ? C'est pour montrer qu'à l'intérieur de la Loi elle-même, à l'intérieur même des prescriptions de la Loi, lorsqu'on est en présence de Dieu, la Loi peut tomber devant la présence de Dieu. Quand on est dans le Temple lieu de la présence, il peut y avoir des entorses à la Loi. Pourquoi ? Parce que la Loi est le moyen d'accéder à la présence de Dieu, mais quand on est dans le Temple la présence est déjà donnée. Et c'est la raison pour laquelle Jésus prend ces exemples car Il veut montrer que Lui-même est la véritable présence, Lui-même est le Temple. C'est pourquoi Il dit à la fin qu'Il est "le maître du sabbat". A partir du moment où Il vit au milieu d'Israël, à partir du moment où Il vit sur ces routes de Galilée avec ses disciples, le Christ est vraiment le Temple nouveau. Et les disciples qui vivent à l'ombre de ce temple dans la présence même de Dieu, manifestée en Jésus Christ, peuvent effectivement, à certains moments, être sans faute même si, apparemment, ils ont enfreint la Loi.
Ceci est pour nous riche de tout un enseignement. En effet, quels sont les critères profonds de notre jugement sur notre comportement ou sur la conduite des autres ? C'est vrai, la plupart du temps nous avons besoin de la Loi, nous avons besoin de références et il est utile de nous y tenir. Il est bon et même souvent nécessaire de nous y tenir car, comme le dit saint Paul : "La Loi est une pédagogue" et dans la mesure où nous avons la tête dure, il est bon que la Loi soit là pour nous rappeler comment nous devons vivre, comment nous devons être. Mais il ne faut pas que l'obéissance à la Loi ou le souci des prescriptions de la Loi nous fasse perdre de vue que la présence nous est déjà donnée. Nous vivons déjà dans le sabbat, c'est-à-dire dans le repos de Dieu. Et nous sommes déjà les membres du Temple qui est le corps du Christ. C'est pour cela que, désormais, notre regard ne se porte pas uniquement sur les moyens d'accéder à la présence de Dieu, mais notre regard est d'abord fixé sur le Christ, comme la présence déjà donnée. Et c'est seulement à partir de ce moment-là que nous pouvons peut-être juger, en vérité, soit notre comportement, soit même le comportement des autres quand il nous en prend l'envie. A ce moment-là, ce qu'il nous faut bien voir, c'est le mystère même de la présence de Dieu, de la présence du Christ au cœur de notre vie, au cœur de la vie des hommes, au cœur de son Église.
AMEN