LA FOI DU CENTURION
Jr 12, 7-13 ; Mt 8, 5-17
(28 juillet 1986)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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'imagine facilement que, sur la route qui mène à Capharnaüm, la route tout ensoleillée et pleine de poussière que nous avons parcourue avec certains d'entre vous, les apôtres n'ont pas vu d'un bon œil arriver le centurion.
En effet ceux qui suivaient Jésus depuis le début, qui aux pieds du Maître écoutaient ses paroles ont été bien surpris de trouver dans le centurion, ce "craignant Dieu", ce païen, ce romain, tant de foi et tant d'intelligence dans la foi Il y a une chose que le centurion a bien comprise, c'est comment fonctionne le cœur de Dieu. Nous parlons très souvent de miséricorde, c'est-à-dire de la façon dont le cœur de Dieu Lui-même s'ouvre à nos blessures et nos infirmités. Et c'est bien pour cela que l'évangile de ce jour se termine par cette citation du prophète Isaïe : "Il a pris sur Lui nos infirmités et Il s'est chargé de nos faiblesses."
Mais la miséricorde de Dieu ne s'arrête pas là. Elle ne s'arrête pas à cet instinct de bonté que nous connaissons, qui naît du fond du cœur et qui s'ouvre à la souffrance de l'autre, à celui qui est en face dans le mal, dans la peine, dans la souffrance. Elle va plus loin, et c'est propre à Dieu, car Il prend sur Lui cette faiblesse. Le cœur de Dieu est plus vaste que ces souffrances et il est assez grand pour s'ouvrir et porter en Lui-même toutes nos faiblesses. Et pour nous, aujourd'hui rassemblée, c'est déjà fait.
Mais voila, il y a une limite à la miséricorde de Dieu. Plus que le péché de l'homme c'est le manque de foi, le manque de foi dans le salut efficace, fécond, permanent de Dieu. Finalement, ce péché nous le vivons comme un obstacle permanent à la grâce de Dieu et nous aimerions bien nous en débarrasser par nous-mêmes afin d'être plus accessibles à la grâce de Dieu. Et nous préférerions tous nous ouvrir par nous-mêmes, le plus possible à cette grâce, à cette fécondité de cette eau qui vient nourrir et ensemencer notre cœur.
Mais comprendre la miséricorde de Dieu c'est comprendre que, dès avant ce péché, Dieu l'a pris sur Lui. Il l'a endossé comme on endosse un vêtement, en prenant la chair de l'homme, afin que pour toujours ce péché soit mort et mort par la croix à Jérusalem. La véritable limite au pardon ce n'est pas tant le péché que nous connaissons chaque jour mais c'est notre manque de foi et finalement ce manque d'intelligence dans la façon dont fonctionne le cœur de Dieu, Celui qui est assez grand pour s'ouvrir et prendre sur Lui toutes nos faiblesses et toutes nos infirmités.
Aussi Michée terminait son petit recueil en disant : "Quel est le Dieu comme Toi qui enlève la faute ? Quel est le Dieu comme Toi qui pardonne et qui prend plaisir à faire grâce ?"
AMEN