PRIER EN SECRET
Jr 4, 1-4 ; Mt 5, 1-12
(7 juillet 1986)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
|
D |
ans le sermon sur la prière que nous venons d'entendre je retiendrai deux choses La première c'est que Jésus insiste beaucoup sur la dimension du secret dans la prière. La prière a quelque chose qui n'est pas descriptible. Quand Jésus critique ceux qui vont faire leur prière en se campant dans les synagogues ou les carrefours pour qu'on les voie, ce n'est pas simplement le comportement hypocrite qui pourrait âtre ainsi dénoncé. C'est le fait précisément que le visage véritable de la prière est quelque chose de secret et de caché. Pourquoi ? Parce que précisément la prière est relation avec le cœur du Père et que même, et l'Église ne s'en est pas gênée, si la prière a une dimension de manifestation publique, il ne faudrait pas se tromper sur la réalité centrale de la prière. Tout ce que nous voyons n'a de sens que par le secret invisible et mystérieux par lequel nous sommes attachés sur le mystère même de la présence de Dieu.
Tout comme, d'une certaine manière, lorsque nous sommes présents à quelqu'un, le plus mystérieux et le plus attachant n'est pas ce que nous voyons de cette personne, mais cet indicible secret vers lequel se porte le regard de notre cœur, de la même façon dans la prière, ce qui est fascinant, c'est le fait que nous puissions élever notre cœur, notre regard, notre prière jusqu'au secret même de Dieu. La prière est un mystère d'intimité. C'est sûr que pour nous, parce que nous sommes des êtres de chair et de sang, parce que nous avons un corps, la prière s'enracinera toujours dans ce corps, dans des gestes, dans des paroles, mais ce qui fait la grandeur et la beauté de la prière c'est que tout cela nous conduit au-delà de nous-mêmes dans le cœur même de Dieu.
Et la deuxième chose, c'est que précisément, lorsqu'il s'agit de nommer ce qui est à proprement parler innommable et ineffable, Jésus le Seigneur a trouvé le nom véritable car Il était le seul à pouvoir nous le dire. Il nous a dit que c'était "Notre Père". Dans les relations humaines, nous avons très bien que la relation à notre père ou à notre mère est quelque chose de très mystérieux, si mystérieux que pour une part de nous-mêmes il nous constitue, il nous fait exister tels que nous sommes. Et nous savons très bien que si nous essayions de remonter jusque dans le secret même de la vie de nos parents pour essayer de deviner cet amour qui nous a donné naissance, nous ne pourrions jamais y arriver. Nous n'en avons qu'un vague pressentiment.
En ce qui concerne Dieu Lui-même, c'est encore infiniment plus mystérieux. Nous voudrions, dans la prière, pouvoir remonter pour ainsi dire à la racine de nous-mêmes, là où la main créatrice de Dieu, là où la grandeur du salut de Dieu vient toucher pour ainsi dire ce qui est les racines de notre propre existence, de notre propre vie. Mais si Dieu Lui-même ne nous l'avait pas révélé dans le visage de la paternité qui donne la vie, de la paternité qui veut sauver, de la paternité qui fait vivre pour l'éternité par la mort et la résurrection de Jésus-Christ, jamais nous ne saurions prier, jamais nous ne connaîtrions le nom de Celui que, dans l'obscurité et comme à tâtons, nous essayons d'atteindre dans son secret.
Il en est de la prière comme de la foi, comme de l'amour dans toute la vie chrétienne. C'est à travers des signes visibles, à travers des gestes humains, très humains, toucher la racine invisible de notre existence et de notre raison d'être. C'est toucher le cœur brûlant de Dieu, c'est découvrir ce mystérieux regard qui, Lui de son côté dans la lumière, mais de notre côté dans l'obscurité, se pose sur nous et nous fait vivre pour Lui. Parce qu'Il est notre Père, au commencement, en nous donnant la vie, Il est notre Père maintenant en nous sauvant par son Fils, et Il sera notre Père dans l'éternité quand Il nous aura tous rassemblés dans sa gloire.
AMEN