LA FIN DES TEMPS

Ap 18, 1-2+9-11+21-24 ; Mt 24, 1-14

(25 novembre 1985)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

D

 

ans l'évangile de saint Matthieu la manière dont la fin nous est présentée insiste sur le fait que tout en étant localisée à partir de la destruction de Jérusalem : "De tout ce que vous voyez il ne restera pas pierre sur pierre", la fin de cette création ne peut pas avoir lieu avant que la bonne nouvelle ne soit annoncée jusqu'aux extrémités du monde. Bien entendu dans le contexte immédiat dans lequel l'évangile a été rédigé, consigné, on voit très bien l'arrière-fond qui était présent à l'esprit du ré­dacteur. Sans doute que les difficultés, les troubles politiques dans les communautés soit de Jérusalem, soit des alentours faisaient qu'à tout moment les cri­ses, internes ou externes que connaissaient les chré­tiens suscitaient une mentalité de catastrophe. A tout moment les différents événements qui pouvaient se produire déclenchaient chez les chrétiens ce réflexe que l'on retrouve parfois aujourd'hui selon lequel il n'est pas possible que, vu l'état où nous en sommes, ce ne soient pas les derniers moments. Cette mentalité consiste à détecter dans les signes politiques, dans le contexte culturel, dans les difficultés auxquelles on est affronté pour vivre sa foi, des indices compris comme des éléments de catastrophe ou des signes certains de la fin du monde. En réalité ces signes mê­mes ne sont pas considérés dans le texte que nous venons de lire comme des critères suffisants.

Au lieu de créer un sentiment de peur ou de panique à l'intérieur de ces communautés, le Christ, Lui, proclame et manifeste que les véritables exigen­ces qui doivent être au cœur de la communauté chré­tienne c'est d'abord la proclamation de la Parole et de la Bonne Nouvelle du salut. Ainsi tout le mystère de la fin des temps n'est pas uniquement conditionné par des exigences physiques de ce monde qui doit se dé­truire ou s'anéantir. Mais c'est un mouvement profond par lequel la Parole même de Dieu, l'évangile du sa­lut, traversant le monde, le met en état de crise et de difficultés aussi bien à l'intérieur même des commu­nautés chrétiennes qu'à l'extérieur. C'est parce que la bonne nouvelle doit s'emparer du monde entier, parce qu'elle doit le juger, le mettre à nu devant son péché, qu'à ce moment-là il y a véritablement avènement de la fin. La perspective que nous ouvre Jésus sur l'his­toire du monde n'est pas simplement une sorte de déploiement physique de l'histoire, mais plus profon­dément c'est le fait que notre monde, cette humanité dont nous sommes les membres, au fur et à mesure qu'elle avance, est confrontée de façon de plus en plus radicale au mystère de Dieu qui s'est révélé et s'est manifesté.

Dès lors, le processus même de la révélation est inexorable. Ce qui a commencé en Jésus de Naza­reth, par sa prédication, par ses prophéties, par le fait qu'Il est mort et qu'Il est ressuscité, car ces gestes du Christ sont aussi une Parole de Dieu, (ils sont même la Parole de Dieu par excellence), cela même ne fera que croître à travers l'histoire des hommes. Cette pa­role deviendra de plus en plus claire, de plus en plus lumineuse, et les hommes seront vraiment mis, tous, toute l'humanité, devant cette réalité de la Parole de Dieu. Et c'est au moment même où cette Parole sera pleinement déployée dans l'histoire, c'est au moment même où tout le monde sera vraiment mis en présence de la Parole qui est Jésus-Christ, qu'alors s'achèvera cette histoire de ce monde.

On retrouverait chez saint Jean, mais dans un langage différent, les mêmes thèmes. Lorsque le Christ dit qu'Il est venu pour juger, c'est cela même que cela veut dire. Dans notre propre existence, nous faisons nous-mêmes une expérience analogue. Au fur et à mesure que nous grandissons, au fur et à mesure que s'approfondit notre cœur, nous sommes mis de façon de plus en plus radicale devant la Parole de Dieu, et c'est là devant que se joue véritablement no­tre existence. Ce n'est pas simplement dans une sorte de contexte historique aussi bouleversé, aussi surpre­nant qu'il soit, que se trouve la clé de notre salut, mais dans le fait que, jour après jour, de façon toujours plus exigeante et de façon toujours plus claire et lumi­neuse, nous sommes mis en présence de cette Parole de Dieu qui doit être proclamée jusqu'aux extrémités de la terre et jusqu'au plus intime de notre cœur.

Que ce temps liturgique nous le vivions vrai­ment comme le temps de la fin qui est le temps de l'achèvement, c'est-à-dire de la plénitude de la Parole et de la révélation du Seigneur qui nous est faite.

 

AMEN