LE FESTIN DES NOCES

Ba 2, 19-20+23+25-26 ; Mt 22, 1-14

(30 août 1985)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

C

 

e festin de noces que le Roi donne pour son fils est donc l'image que Jésus choisit pour nous parler du Royaume des cieux. Le Royaume des cieux c'est la réalisation parfaite, à ve­nir, auprès de Dieu, de ce plan que Dieu avait fait de réunir toutes ses créatures, tous les hommes avec Lui. Le Royaume des cieux c'est le paradis où nous nous trouverons plus tard. Certes cette image du banquet est utilisée souvent par l'Écriture pour nous parler du bonheur éternel, mais l'évangile ne cesse de nous le dire : "Le Royaume des cieux est déjà là !" Ce n'est pas seulement quelque chose à venir, c'est quelque chose de présent, c'est quelque chose qui est déjà au milieu de nous, dans nos cœurs. Le Royaume des cieux, c'est donc, dès maintenant, cette convocation qu'on appelle l'Église ce peuple de Dieu que nous constituons. Ce banquet des noces auquel nous sommes conviés c'est donc, dès maintenant, la communauté des chrétiens, en particulier la communauté eucharistique dans la­quelle se réalise déjà ce repas des noces, ce repas dans lequel Dieu vient s'unir à l'humanité en la personne de son Fils.

La parabole est assez claire dans ses deux parties. Tout d'abord il y a ceux à qui le roi avait en­voyé une invitation : nous y reconnaissons à l'évi­dence le peuple élu, le peuple juif que Dieu avait choisi pour être les premiers invités aux noces de son Fils pour être les premiers à entourer cette incarnation de Dieu par laquelle Il épouse notre humanité. Mais ces invités choisis depuis toujours pour être le lieu où s'opéreraient ces noces de Dieu avec les hommes, pour être les premiers témoins et les premiers messa­gers de cette venue de Dieu sur la terre, ces invités s'en sont détournés parce qu'ils avaient d'autres façons de voir, d'autres soucis, d'autres préoccupations. Ils ont préféré l'application scrupuleuse de la Loi, ils ont préféré cherché à faire valoir les privilèges d'Israël plutôt que d'être les témoins de cette incarnation, car lorsque Dieu est venu en Jésus, ils ne l'ont pas re­connu.

Alors Dieu a envoyé ses serviteurs, c'est-à-dire les apôtres, à travers les chemins pour rassembler tout le monde, l'univers tout entier. Cette image est à l'évidence celle de la vocation des païens, des nations, c'est-à-dire de notre vocation à nous tous. Tous les hommes sont donc appelés à ces noces. Désormais l'humanité tout entière doit participer à l'incarnation du Christ, non pas que si les premiers invités avaient répondu on ne se serait pas soucié des autres. Au contraire ce sont eux qui auraient été chargés d'an­noncer cette bonne nouvelle au monde entier. Mais puisqu'ils n'ont pas voulu être les messagers de la bonne nouvelle de Dieu, Dieu est obligé de prendre un raccourci et de se passer de ce peuple qui ne rem­plit pas son élection et sa mission et d'appeler direc­tement et immédiatement, c'est ce que firent les apô­tres et en particulier saint Paul, les nations païennes. Cela ne veut pas dire que, sous prétexte que les pre­miers invités n'en étaient pas dignes, les seconds le sont automatiquement. Ce n'est pas parce que les juifs, dans leur ensemble (même si parmi eux un cer­tain nombre ont répondu à l'appel car les apôtres sont bien cet Israël fidèle qui a accompli la mission pour laquelle Dieu l'avait choisi) n'ont pas voulu reconnaî­tre que les nations païennes sont automatiquement sanctifiées et deviennent ipso facto l'Église.

Parmi tous ceux qui ont été convoqués il y en a un dans la parabole et probablement plus d'un dans la réalité, qui ne porte pas la tenue des noces, c'est-à-dire qui n'a pas préparé son cœur à cette invitation. Il est venu, il a accepté de venir mais son cœur n'était pas dans la fête, dans la joie de Dieu, c'est-à-dire son cœur était replié sur lui-même, sur son péché, sur son égoïsme. Et il sera rejeté du Royaume, de la commu­nion avec Dieu, non pas par une punition tyrannique de Dieu, mais parce que si le cœur n'est pas ouvert à la fête, on ne peut pas participer à la joie de l'amour de Dieu.

Cela est donc un raccourci très suggestif de toute l'histoire du salut et cela nous montre que, pour être sauvé, il y a deux éléments qui sont indispensa­bles et complémentaires. Il y a d'abord l'appel de Dieu, l'invitation à la noce, et cette invitation s'adresse à tous les hommes, et cette invitation ne tient pas compte des conditions de l'un ou de l'autre. Que l'on appartienne au peuple élu ou que l'on soit païen, peu importe A la limite même, que l'on soit bon ou mau­vais importe peu. Tout le monde est appelé au Royaume. Cet appel c'est le moteur du bonheur parce que Dieu est la source de la joie et c'est son appel à partager sa joie qui nous sauve fondamentalement. Encore faut-il que nous ouvrions notre cœur à cet appel à la joie, que nous soyons bon ou mauvais, car même si on est mauvais on peut ouvrir son cœur à la joie de Dieu, c'est cela la conversion, c'est cela le re­tournement de nous-même qui fait que, tout à coup, nous acceptons de quitter notre péché pour nous lais­ser prendre par l'allégresse de Dieu.

Cette réponse, ce n'est pas d'abord une ré­ponse morale, ce n'est pas d'abord une manière de vivre, c'est d'abord une joie du cœur. La réponse à l'invitation de Dieu c'est d'abord l'ouverture de tout notre être à cette bonne nouvelle qui nous est annon­cée et qui vient, en quelque sorte, révolutionner notre façon de vivre et notre façon de voir parce que Dieu nous invite à ce que nous n'avions pas désiré, à ce que nous n'avions pas imaginé et comme dit Saint Paul "à ce qui n'était pas monté au cœur de l'homme."

Alors, puisque nous sommes invités au repas du Seigneur, puisque nous sommes ici aujourd'hui pour partager ce repas des noces du Fils de Dieu, que notre cœur s'ouvre à cette joie, que nous quittions nos soucis, nos préoccupations ou nos repliements sur nous-mêmes pour nous laisser prendre par l'invitation de Dieu, par l'appel de Dieu, pour nous laisser entraî­ner avec Lui dans son bonheur qui est le nôtre.

 

AMEN