LES VENDEURS CHASSÉS DU TEMPLE
Phm 1, 3+9 b-21 ; Mt 21, 12-22
(17 août 1985)
Homélie du Frère Michel MORIN
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e passage d'évangile se situe au début de la Passion, au début de la dernière semaine de la vie du Christ. Jésus est dans le Temple parce que quelques jours auparavant, la veille peut-être, il y est entré de façon triomphale, c'était le jour des Rameaux. Déjà les enfants avaient crié : "Hosanna au plus haut des cieux !" et simplement lorsqu'ils ont vu que Jésus mettait dehors les vendeurs, les acheteurs, :les changeurs et guérissait les malades, ces enfants ont répété ce qu'ils avaient entendu et proclamé la veille dans la foule : "Hosanna au Fils de David !"
Jésus entre dans son Temple parce qu'Il va manifester que désormais Il est le Temple de Dieu, ce temple qui va non seulement être délivré de tout ce qui lui est étranger, mais ce temple qui sera détruit. Le Christ Lui-même se présente, dans sa passion, comme le nouveau Temple, celui qui est véritablement et définitivement la Présence de Dieu pour tous les hommes. Et si Jésus purifie le Temple, c'est pour manifester que nous-mêmes devons traiter le Christ pour ce qu'il est, la demeure de Dieu parmi les hommes, le nouveau Temple, ce lieu d'où jaillit, au milieu des hommes, la prière réelle, celle du Fils éternel, au Père. En nettoyant le Temple de tout ce qui vient de l'extérieur et qui n'est pas prière, le Christ manifeste que la première exigence qu'il nous demande, c'est d'entrer dans la réalité profonde de sa vie, de sa vie divine et de son incarnation, de sa mort et de sa résurrection, c'est-à-dire d'entrer dans la prière du Fils qui va accomplir la volonté du Père, en livrant son corps pour le salut du monde, ce corps qui lui-même est purifié, qui est tout à fait pur, mais qui va être abîmé, pour des raisons d'ailleurs presque commerciales puisque là encore on retrouvera un changeur et ses trente pièces d'argent.
Le Christ est au milieu de nous comme le Temple parfait, comme la prière parfaite. Et il faut entrer dans cette prière de façon, j'allais dire, non commerciale, en laissant de côté tout ce qui, dans notre vie, est pour l'alourdir, pour l'empêcher d'être prière, pour tout ce qui est obstacle à cette louange incessante, en définitive pour tout ce qui nous vieillit, tout ce qui, en nous, fait partie du vieil homme, ce qui est péché, ce qui est mal, mais peut-être aussi ce qui est attachement trop fort aux choses du monde, aux réalités terrestres, même si celles-ci ne sont pas en elles-mêmes mauvaises. Ce n'est pas un péché de vendre des pigeons ou de changer de l'argent. Mais si nous sommes trop attachés à ces réalités-là, notre cœur, notre prière n'est plus celle du Christ et elle a besoin d'être purifiée, elle a besoin d'être élargie, elle a besoin d'être pacifiée par la présence même du Christ.
Surtout que, depuis cette Pâque, nous sommes devenus les temples de Dieu. Notre corps lui-même est devenu un temple de Dieu. Il l'était déjà puisque construit par le Créateur selon son dessein d'amour, mais le mal l'avait investi, les choses de la terre l'avaient rempli, et le Christ, là encore, par la grâce de l'Esprit, vient le purifier, vient en chasser tous les démons, toutes les ténèbres et tous les obstacles. Nous sommes devenus "son temple", nous sommes devenus, en définitive, sa prière, sa prière au Père. Et je pense qu'il nous faudrait simplement retenir de cet épisode que cela : notre première tâche de frères du Christ c'est d'entrer dans sa prière de Fils et de reconnaître que sa prière de Fils monte de notre propre cœur. Et c'est parce que le Fils est présent en nous, comme "Premier-né d'une multitude de frères" que notre prière est celle du Christ, et que nous pouvons, les yeux purifiés, reconnaître sa présence en nous, et une présence de Fils qui prie son Père. Car lorsque le Christ chasse nos démons, purifie notre cœur, lorsqu'Il nous guérit comme Il a guéri ce jour-là les malades du Temple, Il accomplit la volonté du Père qui est de nous sauver. Et sa prière, c'est cela : "Que ta volonté soit faite !" Mais sa volonté est faite lorsque le Christ Lui-même, au milieu de notre propre cœur, de notre propre vie, accomplit ses sacrements, accomplit ce ministère du salut pour nous-mêmes, pour l'Église et pour tout le monde.
Alors, que cette eucharistie, qui est le corps du Christ, qui est sa descente en nous, au milieu de son Temple, nous purifie, purifie notre cœur, purifie notre prière, purifie notre désir, nos pensées, pour que nous devenions, avec Lui, action de grâces, et pour que nous puissions chanter sa propre louange, car c'est Lui-même le petit enfant et le nourrisson que Dieu s'est gardé pour que, de son cœur jaillisse la louange. C'est Lui-même cet "Enfant bien-aimé" annoncé par le prophète qui chanterait au cœur du monde la louange éternelle du Père. Alors, si nous reconnaissons que cet Enfant, Fils de Dieu, est présent dans notre cœur et qu'Il transforme notre cœur en un temple pour la prière du Père, nous entrerons profondément, définitivement, dans cette action de grâces, celle-là même que nous allons célébrer maintenant et notre prière deviendra le premier moment de notre conversion pour laisser un certain nombre de choses qui nous empêchent d'entrer librement dans ce temple pour y célébrer les merveilles de Dieu.
AMEN