SI VOUS AVIEZ VU
Ha 3, 16-19 ; Mt 11, 16-24
(26 juin 1985)
Homélie du Frère Michel MORIN
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es paroles de Jésus, d'invectives, d'annonce de malheurs et de perdition, pourraient nous heurter dans la bouche de Celui qui a dit : "Je ne suis pas venu condamner mais sauver !'' En fait, ces paroles ne condamnent pas. Elles dénoncent le péché pour que le pécheur puisse se convertir et faire pénitence. Mais le Christ, lorsqu'Il dénonce, lorsqu'Il indique le péché présent dans le peuple ou dans notre vie, ne le fait pas à la façon de quelqu'un qui viendrait réprimander de haut ou qui viendrait donner des leçons de morale.
Il dit : "Si vous aviez vu les nombreux miracles, vous auriez fait pénitence". L'appel à la conversion, ce n'est pas d'abord la dureté apparente de la parole de Jésus, c'est le don de Lui-même. L'appel à la conversion, c'est le signe qu'Il donne qu'Il est Celui qui vient guérir, Celui qui vient sauver, Celui qui vient purifier, en définitive Celui qui vient juger. Car le jugement, ce n'est pas d'abord de punir en fonction de nos fautes. Le jugement du Christ, c'est de réaliser le salut préparé par Dieu pour les pécheurs. Il est, Lui, le Juste, l'unique, annoncé par les prophètes, la Parole de Dieu, le Verbe Incarné. Et s'Il est le Juste, saint et unique, seul Il peut juger, Il peut juger en sainteté et Il peut juger pour la sainteté.
C'est ainsi qu'il faut retenir, recevoir en notre cœur, ces paroles du Christ. Nous aussi, personnellement et tous ensemble, nous "avons vu" et nous voyons quotidiennement les miracles du Seigneur. Et le premier miracle, vous savez, c'est que nous soyons ici pour célébrer sa Pâque, c'est la source même de tous les signes qu'Il nous donne aujourd'hui. Car les dons qu'Il nous fait, ce n'est que la multiplication en nous, que la fécondité en nous de la grâce pascale du Christ. Le premier miracle, le premier signe de Jésus aujourd'hui c'est que l'Église vive. C'est que l'Église vive et que, dans cette Église, nous recevions le jugement. Non seulement pour connaître notre péché, non seulement pour le regretter - cela ne suffit pas - mais d'abord pour recevoir cette présence du Christ à travers l'Église qui est le signe, qui est le miracle de son salut pour nous, pécheurs.
Et vous savez, rien que le fait d'être dans l'Église aujourd'hui devrait être pour nous source de conversion, source de sainteté. Et c'est là que nous pouvons rejoindre l'annonce du prophète Habaquq. Il annonçait des temps de bouleversement, des temps de famine, des temps de guerre, des temps de difficultés, de ces "temps où il n'y aurait plus de figues sur les figuiers, rien à récolter dans les vignes, où les étables seraient vides et où les bercails seraient détruits." Ces images agricoles nous signifient que la paix est une surabondance de Dieu. A travers cette abondance matérielle c'est la bénédiction et la paix de Dieu qui est annoncée, et lorsque ces réalités disparaissent, pour l'homme de l'Ancien Testament, c'est que la bénédiction de Dieu n'est plus reçue dans son cœur. C'est le désert, c'est l'anéantissement, c'est l'éloignement vis-à-vis de Dieu source de toute abondance.
Mais, pour en faire une lecture pour nous aujourd'hui, il faudrait dire que quels que soient les événements de notre vie, quels que soient les événements du monde, les événements tragiques, douloureux, parfois insupportables, que nous vivons personnellement dans le secret de notre cœur, et que le monde vit chaque jour, nous avons, nous notre paix en Dieu. "J'étais en paix, en ce jour d'angoisse !" Non pas que nous soyons inconscients des réalités difficiles de ce monde, non pas que nous les fuyions, bien au contraire, nous en sommes de ce monde, et elles nous heurtent et elles nous blessent, et elles nous font mal, mais au cœur même de cette souffrance, nous savons que notre paix est dans la présence du Christ, dans son jugement de miséricorde, que notre espérance est dans sa sainteté, que nous avons notre salut dans le signe qu'Il nous donne de sa Pâque, au milieu d'un monde qui, souvent, s'autodétruit. Simplement, si nous en vivons, si nous en sommes heureux, si nous nous appuyons sur cette présence de Dieu comme sur notre force, comme sur le roc, ce n'est pas uniquement pour nous. C'est pour être, au milieu de ce monde, le signe de la présence du Christ qui vient sauver.
Comme le disait de façon si magnifique le prophète Isaïe : "Si les collines sont renversées, si les montagnes sont chamboulées, Moi, dit le Seigneur, je ne changerai pas ma tendresse pour toi !" Ces paroles du Christ, ces images du prophète Habaquq doivent nous réconforter, nous enraciner davantage dans cette tendresse du Christ, dans cette présence de Dieu qui est au cœur de notre vie et qui vient elle~même nous juger, qui est lumière pour que nous puissions discerner ce qui est de Dieu et ce qui n'est pas de Dieu, ce qui est de la terre et ce qui est du ciel, afin que, en vivant toujours encore et toujours sur cette terre, nous devenions de plus en plus, des fils de la lumière. Alors cette lumière qui est celle du Christ nous réjouira, nous illuminera, nous guidera dans notre vie, et beaucoup d'autres peut-être, viendront avec nous pour rechercher cette lumière. Et s'ils ne la trouvent eux-mêmes nous aurons suffisamment de force pour les aider, pour accepter qu'ils nous accompagnent à la recherche de cette lumière. Et cette course vers le Christ deviendra ainsi aussi rapide que celle "d'une biche agile qui court sur les cimes où Dieu Lui-même porte nos pas".
AMEN