MESSAGE D'ESPÉRANCE ET DE COURAGE

Ap 18, 1-2+9-11+21-24 ; Mt 24, 15-28

(26 novembre 1984)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

C

 

e texte de saint Matthieu fait partie de cette série noire des textes qui nous annoncent la fin des temps. Il comporte essentiellement deux traits qui me paraissent importants.

Nous croyons spontanément que la fin des temps c'est le moment où tout s'écroule, c'est pour cela d'ailleurs que nous trouvons que c'est si triste. En réalité, il semble bien que l'évangile ne nous parle pas tellement de l'écroulement de toute chose que de l'espèce de tourbillon dans lequel est pris le monde par l'ultime combat entre Dieu et le prince de ce monde. C'est sans doute un des sens possibles de cette allusion où l'on nous dit : "Que le lecteur comprenne !" ce qui veut dire que déjà pour les contemporains ce n'était plus tout à fait clair : "Lors donc que vous verrez l'abomination de la désolation installée dans le lieu saint." L'abomination de la désolation, c'est le fait que 140 ans environ avant la venue de Jésus, les païens avaient installé dans le Temple une statue de Jupiter. Pour les juifs évidemment c'était l'abomination de la désolation, c'est-à-dire qu'on ne pouvait pas faire pire. Pourquoi ? Parce que le Temple c'est le lieu même de la présence et de la manifestation de Dieu. C'est le point de contact entre le ciel qui est "le ciel du Seigneur" et "la terre qu'Il a donnée aux fils des hommes." Par conséquent, que sur la terre il y ait des conflits entre le bien et le mal, cela peut encore passer, mais que sur la terre, tout d'un coup, les faux dieux, les idoles prennent la place du vrai Dieu, c'est un peu comme si on asphyxiait la foi d'Israël. A ce moment-là, c'est la victoire apparente du mal qui supplante la présence même de Dieu qui vient pour sanctifier son peuple.

C'est pourquoi dans d'autres textes du Nouveau Testament faisant sans doute allusion à la même réalité, on a parlé de l'anti-Christ qui n'est pas l'antéchrist. Ce n'est pas quelqu'un qui est contre le Christ, c'est quelqu'un qui est à la place du Christ c'est quelqu'un qui prend la place du Christ, du Seigneur. Le Seigneur Lui-même, à travers cette allusion à la prophétie de Daniel nous montre exactement ce qu'est le combat par lequel nous serons enfantés au Royaume. A partir du moment où le Christ est venu, à partir du moment où l'évangile est proclamé dans le monde entier, ce n'est plus simplement le temple de Jérusalem qui est le point de contact entre le ciel et la terre, mais c'est l'univers tout entier qui est habité par la présence de Celui qui a tout rempli de sa plénitude. Par conséquent, c'est pour cela que la vie actuellement nous paraît comme un combat dans lequel le démon prend littéralement la place du Christ, puisque le Christ a tout pris. C'est pour cela qu'il se débat "comme un beau diable", c'est le cas de le dire, parce qu'il est pris au corps à corps avec le Seigneur qui est-en train de prendre possession de toute la création.

La difficulté du combat que nous menons aujourd'hui, c'est précisément celle-là : c'est que là où le Christ devrait avoir totalement la place, il y a encore des abominations de la désolation qui restent dans notre cœur et qui, à certains moments, tenter une dernière fois d'usurper la place. C'est pourquoi le Christ-ajoute : "Lorsqu'on vous dira que le Christ est ici ou qu'Il est là, n'y allez pas ! N'allez pas le chercher là, car en réalité, Il est partout. Il est"comme l'éclair qui traverse de l'Orient jusqu'au Couchant" A partir du moment où Il est venu dans le monde, Il a investi totalement le monde de sa présence, et notre péché, la plupart du temps, c'est de ne pas voir que le Christ a vraiment pris possession de son règne, que, déjà, le Satan, le tentateur est dépossédé, et que même si apparemment il rode sur le champ de bataille, dans une sorte de mouvement un peu désespéré, en réalité, tout appartient déjà au Christ par la victoire qu'Il a remportée dans sa mort et dans sa résurrection.

C'est donc un message d'espérance, mais c'est aussi un message de courage, car ce que le Christ nous dit là, c'est que nous ne devons pas avoir peur d'affronter le mal. Même si "les vautours se rassemblent toujours auprès de ce qu'ils pensent être le cadavre" en réalité, à partir du moment où le Christ est ressuscité, ou le "cadavre" s'est relevé dans la gloire du Père, à partir de ce moment-là nous n'avons plus rien à craindre. Le sens profond de l'eschatologie, de la fin des temps, c'est précisément que nous vivons le même mystère de mort que le Christ, mais une mort qui n'est pas une capitulation, qui n'est pas un anéantissement mais une mort qui est un combat et finalement, par Celui qui nous a sauvés une victoire.

 

AMEN