FAISONS FEU DE TOUT BOIS !

Ap 14, 1-7 ; Mt 25, 1-13

(14 novembre 2009)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Bethléem : Lampe dans la grotte dite de saint Jérôme

F

 

rères et sœurs, une question me vient toujours à l'esprit quand j'entends cet évangile, et je n'ai pas de réponse : comment se fait-il que les vierges sottes soient assez sottes pour imaginer qu'elles puissent trouver un magasin encore ouvert à minuit passé ? Peut-être y avait-il des magasins encore ouverts puisqu'elles reviennent après minuit se présenter devant la porte qui est fermée, la porte de la salle des noces. Nous n'aurons peut-être jamais la réponse à cette question.

Plus sérieusement je voudrais attirer votre attention sur une chose qui vous fera méditer sur deux autres points. En fait, il n'y a pas tellement de différences entre les vierges folles et les vierges sages, elles ont toutes une lampe à leur disposition, elles s'endorment toutes de fatigue et de lassitude en attendant quelqu'un qui n'arrive pas à l'heure. La seule différence, c'est cette huile. Je crois qu'à travers cette huile qu'ont les vierges sages et que n'ont pas les vierges dites sottes, je crois qu'on peut y lire une double réflexion : c'est une méditation sur le temps et sur le péché.

Autrement dit, si vous me pardonnez cette expression, il s'agit dans notre vie de savoir faire feu de tout bois. Très souvent, nous avons une conception négative du temps. Le temps, c'est un capital que nous avons au départ, et malheureusement, jour après jour, année après année, on le voit s'effilocher, on le voit sur nos visages. Nous envisageons trop souvent le temps comme une malédiction et non comme une grâce. Nous aimerions parce que nous n'avons pas le temps, on voit passer le temps, il n'y a pas le temps, le temps est donc un ennemi à tout point de vue. A la fois dans notre société sécularisée, nous n'avons le temps pour ne rien faire, et à la fois dans notre vie chrétienne, nous pensons que le péché originel est cette punition de la part de Dieu qui nous fait passer de cette éternité où nous étions avec lui au Paradis, dans ce monde où nous sommes soumis au temps. Or, le temps est véritablement le lieu de la grâce de Dieu. Donc, le temps n'est pas un ennemi, il n'est pas quelque chose qui s'épuise, mais le temps est le lieu où nous devrions au contraire grandir. Le temps, c'est grâce à lui que nous avons jour après jour une succession d'expériences. Je crois que c'est cela qui est derrière l'évangile : c'est l'expérience. Pourquoi ? parce que contrairement à ce que nous imaginons, nous pensons que Dieu est mathématique, qu'il prévoit tout à l'avance, et vous voyez dans l'évangile qu'il n'en est rien. Dieu improvise, il arrive en retard. Le temps et l'expérience, c'est ce que Dieu nous donne de vivre pour pouvoir répondre à notre manière à l'improvisation de Dieu. On le sait, face à des événements que nous ne maîtrisons pas, il y a des gens qui sont complètement perdus parce qu'ils n'ont aucune expérience, ils ne savent pas comment répondre à cet événement. Ceux qui s'en sortent le mieux, ce sont ceux qui ont une certaine expérience et qui vont puiser dedans pour essayer de répondre au mieux à ce qui n'était pas prévu.

Vous voyez déjà que le temps ne joue pas du tout contre nous. Le temps au contraire est ce lieu dans lequel nous sommes et dans lequel nous avons à puiser pour faire face à l'improvisation de Dieu qui ne viendra jamais comme on l'imagine. Là aussi, c'est un peu une gageure de notre part, nous considérons que lorsque nous convoquons Dieu il doit venir à l'heure où nous le voulons, mais dans l'autre sens, cela ne fonctionne pas, Dieu a un esprit beaucoup plus libre, et nous ne sommes pas très contents quand il ne vient pas à l'heure que nous lui avions fixée.

La deuxième méditation porte sur le péché. Là aussi, je le disais il y a un instant, nous avons à faire feu de tout bois, et nous aurions quelquefois trop tendance à vouloir faire le ménage dans cette huile que nous voulons mettre dans nos lampes et de mettre de côté des choses dont on ne sait pas quoi faire. Mais là aussi, nous avons à faire feu de tout bois ! La préparation de la rencontre avec Dieu ne se fait pas uniquement sur la base de notre charité, de notre moralité, parce qu'il faut être clair, dans ce cas-là il n'y aurait pas grand-chose à mettre dans notre huile, on n'irait pas très loin. Ce que nous avons, et on peut le relire à travers cette phrase très belle de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus : "tout est grâce", on peut dire que tout est bon à mettre dans notre lampe pour accueillir le Christ qui vient à notre rencontre.

Frères et sœurs, que cet évangile soit pour nous l'occasion de réfléchir sur la véritable sagesse. La sagesse ne consiste pas à croire que nous pouvons tout prévoir à l'avance parce que tout est écrit, cet évangile nous prouve que il n'en est rien, Dieu est en fait extrêmement fantasque, Dieu arrive à l'heure qu'il veut. Mais cet évangile nous invite à méditer sur la valeur que nous donnons au temps et à notre péché. Entendons-nous bien, je ne veux pas vous inviter à pécher, ce n'est pas la question, mais nous devons découvrir que les valeurs qui sont pour nous les plus négatives, dont nous ne savons que faire, ce temps qui serait du côté de l'usure, et ce péché qui m'empêcherait de rencontrer Dieu, en définitive, je crois que c'est cette huile, c'est ce carburant que l'on peut mettre dans notre lampe pour pouvoir veiller et accueillir Dieu qui viendra nous prendre avec lui dans cette salle des noces.

 

AMEN