L'ARBRE SE RECONNAÎT AUX FRUITS

Jl 2, 18-19=21-22 ; Mt 12, 33-37

(24 juillet 1984)

Homélie du Frère Michel MORIN

Gassin : Oranger

C

 

e n'est pas d'abord à une analyse de nos paroles, de notre langage ou de nos sentiments, de notre cœur que l'évangile de ce jour nous invite. Comme tout évangile, il porte notre regard, d'emblée, directement, non pas sur nous-même, mais sur le mystère du Christ, sur son visage et sur le sens de son salut, aujourd'hui encore parmi nous.

Cet évangile succède à cette discussion un peu dure qu'avait eue Jésus avec certains pharisiens qui l'accusaient de chasser les démons au nom de Béelzéboul et donc d'être complice des œuvres du diable. Le Christ leur dit simplement : "Regardez et portez un jugement sain sur les choses et sur les hommes. Si je fais des choses bonnes, c'est que mon cœur n'est pas mauvais, alors que vous, qui faites des choses mauvaises c'est votre cœur qui est mauvais, donc je ne chasse pas au nom du démon, car le démon ne peut pas chasser au nom de lui-même".

Ceci nous invite à reprendre cette réflexion que Jésus disait hier à propos du jeune homme riche qui l'appelait "Bon Maître" - "Dieu seul est bon !" C'est de Lui d'abord qu'il s'agit quand Il dit : "Prenez un arbre bon et son fruit sera bon". Dieu seul est bon, totalement parfait, Lui qui n'a jamais connu, qui ne soupçonne pas le moindre mal, qui n'en a aucune idée. C'est Lui qui est bon et c'est pour cela que de la parole du Christ, de la bouche de Jésus ne peuvent sortir que des oeuvres bonnes. Il est Lui-même la Parole de Dieu, Il est Lui-même le Verbe de Dieu fait chair, Il est le débordement du cœur de Dieu. Par Jésus-Christ, par sa bouche, par sa parole, c'est le cœur de Dieu qui parle et sa parole, son langage ne peut être que bonté parce que la source est bonne et ne peut produire que des fruits de bonté, car dans sa parole, il n'y a aucune altération, aucune complicité avec aucune forme de mal. C'est donc cela qu'il nous faut d'abord contempler, qu'il nous faut d'abord regarder de tout notre cœur.

Quant-à nous-mêmes, nous ne pouvons pas tirer de notre trésor des choses bonnes, entièrement bonnes, pures car nous sommes des cœurs mélangés de bien et de mauvais. Et de notre bouche, de notre être, de nos yeux, de nos mains, de notre cœur sort aussi bien du bon que du pire. Si Jésus nous renvoie à nous-mêmes, c'est à partir de ce qu'Il est. Il est l'exemple, Il est l'image vers laquelle nous devons tendre. Et pour que notre parole ne soit pas marquée par les choses mauvaises, il ne faut pas qu'elle puise dans notre propre cœur, mais dans le cœur de Dieu. C'est le cœur de Dieu qui est la source de notre vie," c'est en Lui" comme dit l'apôtre Paul, "que nous avons la vie, le mouvement et l'être" c'est-à-dire non seulement ce que nous sommes, mais ce que nous exprimons.

L'identité profonde d'un homme, ce n'est pas sa psychologie ou son tempérament, sa conscience ou son inconscient, l'identité profonde d'un homme, c'est ce à partir de quoi il a été fait, ce à partir de quoi il a été façonné, composé, c'est-à-dire l'image même du Christ puisque nous sommes son image et à sa ressemblance" et que c'est à cette ressemblance que nous devons, petit à petit, nous conformer, pour reproduire en nous ce que Lui-même nous a donné, au premier jour de la création, et que le mal est venu falsifier.

Ainsi, l'arbre, c'est le Christ lui-même. C'est Lui qui a été planté dans notre terre mais dont les racines plongent en Dieu et dont la sève, c'est l'amour même de Dieu. Il est l'arbre et Il est en même temps le fruit. Il est le fruit qui nous a été donné pour notre propre nourriture, ce fruit de bonté, de tendresse, de pardon qui nous a été livre, au moment de sa mort sur la croix et qui a été versé en nous, comme un vin nouveau, pour venir vivifier, pour venir améliorer, ou plus exactement pour venir bonifier, rendre bon ce qui est mauvais en nous.

En communiant aujourd'hui à l'eucharistie, au fruit de vie que Dieu nous a donné, à la Parole faite chair, puissions-nous épouser cette bonté du cœur de Dieu, afin que nos paroles, afin que nos gestes, afin que nos sentiments ne soient plus tellement les nôtres, mais soient ceux du Christ qui viennent évangéliser les nôtres qui pourront ainsi éclairer, illuminer ceux avec qui nous vivons et non pas les blesser les amoindrir ou les mettre hors de notre propre tendresse et de notre propre pardon. Ainsi, nous serons vraiment justifiés, non pas à cause de nos bonnes oeuvres mais à cause de l'œuvre bonne que Dieu fera en nous.

 

AMEN