LA ROBE NUPTIALE

Za 8, 20-23 ; Mt 22, 1-14

(8 octobre 1983)

Homélie du Frère Michel MORIN

Quelle beauté !

C

 

et évangile a une pointe éminemment polémique puisqu'elle s'adresse, de façon directe, à ces générations du peuple juif à qui furent envoyés les prophètes, les rois et qui ont refusé cette invitation à reconnaître le Messie, à reconnaître en Jésus ce Fils pour lequel le roi célèbre ce banquet de noces. Et à ce moment-là, ce sont tous les serviteurs de la nouvelle Alliance qui sont invités à se rendre par les chemins du monde et à ramasser tous ceux qu'ils trouvent, pauvres et riches, bons ou mauvais, et à les introduire dans ce festin, où le Roi servira Lui-même son banquet.

Passons sur cet aspect et retenons celui qui est exprimé, qui est évoqué par la robe. L'un des invités au banquet n'a pas de robe. Il est là comme tout nu, sans que rien corresponde à sa présence. Il est là comme quelqu'un qui ne devrait pas être là. Or il a été invité. Or il a répondu à l'invitation. Or il a marché, il a fait le voyage et puis, arrivé à l'endroit du festin, il se voit, non seulement retirer les plats, mais jeté dehors. Et il va passer sa soirée dans les tourments plutôt qu'à la table de Roi.

Cette robe nuptiale qu'est-ce que c'est ? Je pense que l'on peut sans se tromper dire que c'est celle que nous avons tous reçu lorsque nous avons été ramassés là où nous en étions de notre chemin. Qui que nous soyons, pauvres ou riches, bons ou mauvais, le Christ Lui-même nous a revêtus d'une robe qui est son appel, qui est le don qu'Il nous a fait de son invitation. Et ce don qu'il nous a fait ce n'est pas seulement un petit carton au coin retourné, mais c'est un habit. C'est ce vêtement que nous avons revêtu le jour de notre baptême qui est le don de sa grâce et cette grâce c'est une espérance, c'est une promesse, c'est une invitation en bonne et due forme à participer, un jour, au festin du Royaume, là où le Roi Lui-même, Dieu, rassemblera tous ceux qui auront reçu, qui auront accepté et qui auront voyagé avec cette robe, cette robe qui les protège de toutes les intempéries, de toutes les rigueurs, de toutes les vicissitudes de la vie et du voyage. Car nous sommes, nous autres, entre le moment où nous avons été ramassés au bord du chemin et ce moment où nous entrerons au jour de notre mort dans le festin des Noces qui a été préparé pour nous.

Cette robe nuptiale, qu'est-ce que nous en faisons ? C'est sûr que, depuis notre baptême nous l'avons bien abîmée cette robe de la race, cette robe de l'invitation. C'est sûr que nous l'avons tachée par tous nos péchés, que nous l'avons laissé se déchirer lorsque nous n'avons pas suivi le serviteur qui nous invitait au festin et que nous sommes allés circuler et gambader sur d'autres chemins où, comme la brebis, nous nous perdons, nous nous blessons, et où notre robe devient déchirée et sale. Et puis peut-être certains, et c'est justement le cas de cet invité, certains ont délaissé cette robe. Ils l'ont quittée. Peut-être qu'elle les encombrait trop. Peut-être qu'ils ne voulaient pas entrer dans le Royaume avec cette robe qu'ils avaient reçue, mais avec quelque chose qu'ils avaient tissé eux-mêmes de leur propre vie. Or celui qui entre avec son propre vêtement, il en ressortira aussitôt, car on entre dans le Royaume non pas avec ce que nous tissons de notre propre vie, mais avec ce que le Christ Lui-même tisse dans notre vie par sa grâce jamais reprise, toujours donnée, toujours recommencée. Ainsi frères et sœurs, cette robe, nous l'avons tous. Nous l'avons tous reçue au jour de notre invitation, le jour de notre baptême. Nous savons bien que nous l'avons abîmée, déchirée, que nous arriverons là-bas peut-être avec un lambeau de notre robe baptismale, mais au moins nous en aurons gardé tout ce que nous pourrons. Et surtout, avec ces lambeaux de robe, le Christ pourra nous refaire un habit de noces, à condition d'avoir le vieux vêtement. Et ce que le Seigneur tisse Lui-même, c'est ce qu'il nous a donné.

Et je pense que si, par hasard, cet évangile nous est donné au jour anniversaire de vos noces chrétiennes, c'est peut-être pour nous dire que nous avons besoin, tout au long de notre vie, de porter les fruits de l'invitation du Christ, de laisser le Christ Lui-même tisser en nous les fruits, ce qu'il nous a donné dès le début. Et probablement un des meilleurs fruits que nous avons à porter c'est celui de la fidélité car le Christ, Lui est fidèle. Celui qui est rejeté du Royaume c'est celui qui a été infidèle. C'est celui qui n'a pas pris en considération ce don qu'il avait reçu au début de sa vie et que le Christ sans cesse, à chaque étape, lui avait redonné de façon gratuite, sans tenir compte de ses péchés, de ses incartades. Oui, le fruit premier de cette robe que nous avons à porter est celui de la fidélité que Dieu tisse Lui-même dans notre vie.

Alors, frères et sœurs, nous rendrons grâce pour toutes les fidélités qui, petit à petit, tissent ce vêtement de noces que nous portons et que l'Église entière porte. Nous célébrerons dans l'action de grâces tout ce que le Christ nous permet de vivre au long de nos années qui sont difficiles, qui sont houleuses, qui sont pleines de soucis, de tracas, de souffrances. Mais Lui-même ne veut jamais que nous arrivions tout nus dans son royaume. Il veut nous vêtir lui-même de sa robe, robe qu'il a lavée dans son sang, robe qu'il a tissée dans ses souffrances, robe qui a été son linceul mais qui a été aussi sa robe de gloire et de glorification au jour de sa résurrection. Nous célébrerons cette eucharistie dans l'action de grâces pour toutes ces fidélités qu'Il nous donne de vivre et nous lui demanderons tout simplement d'arriver au terme de notre vie le plus heureusement possible, en essayant de faire en sorte que cette robe soit la plus blanche possible, la plus belle possible pour que nous puissions, avec joie, participer un jour à son festin de noces, dans sa fidélité à Lui.

 

AMEN