LES SIGNES DES TEMPS
Tt 3, 4-7 ; Mt 16, 1-12
(22 septembre 1983)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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eux dialogues dans ce passage d'évangile : un dialogue sur les signes des temps avec les pharisiens et un dialogue avec les disciples sur le levain des pharisiens. Je voudrais m'arrêter sur le premier au sujet des signes des temps.
Jésus reproche à ses interlocuteurs, donc au peuple juif, et plus particulièrement ceux qui ont une position centrale, ceux qui sont les juifs pieux, ces pharisiens qui cherchent à appliquer la Loi dans tous ses détails, Jésus leur reproche de ne pas savoir interpréter les signes spirituels, les signes de la venue de Dieu, comme ils interprètent les signes de la nature, ceux qui annoncent le temps qu'il va faire.
Ce reproche de Jésus pourrait s'adresser à chacun de nous et je crois, en effet, qu'il y a deux manières principales de manquer à ce que Jésus nous demande, cette attention, cette compréhension, cette lecture des signes des temps par rapport à la venue de Dieu dans notre vie ou dans la vie du monde. La première c'est l'aveuglement, la cécité, l'inattention, l'indifférence à ces signes qui nous sont donnés. Nous passons dans la vie de manière terre à terre et nous ne sommes préoccupés que par ce qui a trait à la vie économique, à la vie matérielle, à nos soucis quotidiens Cela se comprend : nous sommes parfois écrasés par les épreuves, les soucis ou les difficultés et il ne nous est pas toujours possible de nous détacher de ces difficultés qui nous envahissent, qui nous harcèlent. Pourtant il n'y a de vie humaine véritable que si nous savons atteindre une certaine profondeur du regard, que si, par-delà le quotidien immédiat, nous savons aller jusqu'à cette présence de Dieu, invisible cependant manifeste et qui, de mille façons, se rend perceptible, si nos yeux savent être des yeux de foi et pas seulement des yeux du corps. Il y a donc d'abord cette fondamentale inattention au spirituel qui trop souvent est notre fait à l'égard de cette présence de Dieu, de cette venue de Dieu, de cette imminence de Dieu dans notre vie et dans la vie du monde.
Une deuxième manière d'y manquer ce serait de lire ces signes d'une façon fallacieuse. En effet, nous pouvons attendre de ces signes des temps des renseignements sur ce qui va se passer, sur les événements à venir, sur les cataclysmes qui nous menacent. Alors que ce que Dieu nous dit à travers ces signes ce n'est pas telle ou telle anecdote, tel ou tel événement particulier qui va surgir dans l'histoire des hommes, mais c'est beaucoup plus profondément le mystère de sa relation avec nous, de sa relation avec chacun d'entre nous et sa relation avec l'ensemble de l'humanité. C'est de cela que Dieu nous parle à travers les signes qu'Il nous donne. Les signes que Dieu nous donne ne sont pas là pour nous permettre de prévoir ceci ou cela, de nous inquiéter ou de nous rassurer sur le lendemain mais ils vont beaucoup plus loin. Ce sont des signes de son amour, de sa présence, de cet envahissement progressif de tout notre être, de toute notre vie et aussi de toute l'histoire du monde, car la présence de Dieu est de plus en plus pressante, de plus en plus imminente. Nous avons alors, non pas une cécité, mais une sorte de strabisme qui nous fait, à travers les signes des temps, viser des choses secondaires et non pas aller à l'essentiel. L'essentiel, c'est cet amour de Dieu qui frappe à notre porte, cet amour qui insiste pour venir emplir notre cœur, cette joie qui est beaucoup plus importante que tous les événements graves ou secondaires qui peuvent se produire dans l'histoire du monde. Et c'est à cela que nous devons être attentifs, c'est de cela que nous devons avoir soif, de connaître cette venue de Dieu, de percevoir, de pressentir, de découvrir cette venue de Dieu en nous et dans le monde. Et ensuite, que cette venue de Dieu soit accompagnée par toutes sortes d'événements, de catastrophes ou de choses plus ou moins rassurantes, c'est non pas secondaire, mais c'est conséquent. Et c'est de la manière dont nous aurons perçu, dont nous aurons vécu cette venue de Dieu en nous et dans nos frères que nous pourrons ensuite assurer les événements de l'histoire et leur trouver un sens, une signification pour nous et pour tous les hommes.
Que cet évangile nous invite donc à être attentifs à la présence de Dieu, à la Parole de Dieu, et cette parole c'est une parole d'amour, c'est une parole de salut.
AMEN