LE PUR ET L'IMPUR

2 Th 3, 13-16 ; Mt 15, 10-2

(19 septembre 1983)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

L

 

a parabole que Jésus nous propose aujourd'hui sur le pur et l'impur est d'ordre chirurgical. En effet, je crois qu'en chirurgie il y a deux choses très importantes, c'est d'une part que les patients soient en bonne santé et que d'autre part l'environnement dans lequel on les opère ne soit pas infesté de microbes de telle sorte que ceux-ci viennent de l'extérieur envahir le corps. Il est bien évident que si le patient est en bonne santé il a beaucoup plus de chances de résister au choc de l'extérieur. Mais le problème est qu'il y ait dans ce patient suffisamment de vie, suffisamment de force et d'énergie pour affronter l'intervention. Et c'est précisément ce que Jésus veut nous dire lorsqu'il nous parle du pur et de l'impur.

La conception des pharisiens est une conception aseptisée de la sainteté. Il faut que tout soit propre et net autour d'eux. Il faut qu'ils ne soient pas contaminés. Cette conception chirurgicale de la sainteté ne manque pas d'intérêt car il est vrai qu'il vaut mieux vivre dans un milieu où il n'y a pas trop de germes et de possibilités d'infection. Mais ce que dit Jésus, c'est que cela ne suffit pas, car ce qui fait la véritable sainteté, ce qui fait la véritable pureté, ce n'est pas ce qui vient de l'extérieur c'est d'abord ce qui sort du cœur de l'homme. La sainteté c'est une vie et si l'on n'est pas d'abord des vivants, on a beau essayer d'écarter tous les microbes alentour, cela ne fait pas ressusciter les gens. Il faut avoir de la vie pour que l'on puisse véritablement aimer Dieu, pour que notre existence soit véritablement transfigurée, soit changée. C'est cela le sens profond de la sainteté. C'est de vivre de cette vie même que Dieu a mise à l'intérieur de notre cœur par le baptême et alors on peut faire face à toutes les invasions.

C'est pourquoi le Christ dit : "Tout plant que mon Père n'a pas planté sera déraciné". Qu'est-ce que cela veut dire ? cela veut dire que si nos racines spirituelles ne sont pas dans le cœur de Dieu, on a beau essayer d'établir un cordon sanitaire entre nous et le monde, cela donnera un champ stérile, cela ne donnera pas un être vivant. La sainteté, ce n'est pas de se préserver du mauvais, c'est de se laisser envahir par la vie de Dieu. Voilà le cœur et le secret de toute vie avec Dieu. Non pas vivre dans une sorte de retrait peureux et timoré du monde même s'il comporte effectivement quelque danger, mais s'enraciner profondément et de manière vitale, dans la vie même de Dieu. Et c'est cela qui fait la différence entre l'intégrisme et le désir de l'intégralité.

L'intégrisme, c'est une espèce de manière de sauver les meubles. L'intégrisme, c'est de se dire : "vu ce que je suis, je n'ai pas beaucoup de forces en moi-même, alors je réalise une sorte de champ aseptisé autour de moi pour que rien ne m'atteigne." C'est la défensive permanente, c'est la peur, c'est la terreur. Tandis que l'intégralité c'est de chercher l'entièreté de notre être non pas simplement sur un système de défense, mais c'est de chercher l'entièreté et la plénitude de notre être en puisant à la source où nous trouverons véritablement de quoi vivre, de quoi aimer et croire.

Ainsi cet enseignement du Christ sur le pur et l'impur n'est pas simplement une affaire de cuisine ou de sacristie. C'est tout un idéal de vie qui nous est proposé et c'est une question fondamentale de notre existence : "Où plantons-nous nos racines ?" Est-ce que nous vivons comme des plantes d'appartement dans un petit pot de terre sur lequel on met soigneusement quelques brins d'engrais pour que ça pousse ? Ou est-ce que nous sommes enracinés dans la vie même de Dieu, là où les racines peuvent s'épanouir en pleine profondeur, en pleine liberté, en pleine vie

Que par cette eucharistie où, chaque jour, nous venons nous enraciner davantage dans le corps et dans le sang du Christ, dans la vie même de Dieu, nous demandions au Seigneur de vivre vraiment l'intégralité de notre être, l'intégralité du mystère de communion entre Lui et nous, de n'être pas d'abord préoccupés par des questions de propreté ou d'asepsie spirituelle, mais que ce soit véritablement une question d'amour.

 

AMEN