LA FOI DU CENTURION
Dt 10, 12-22 ; Mt 8, 5-17
(16 août 1983)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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our que le Christ dise, à propos de la démarche du centurion : "En vérité, je n'ai jamais rencontré pareille foi en Israël", pour qu'il manifeste une admiration aussi tranchée, aussi affirmative, c'est que la foi du centurion portait sur son propre mystère. En effet, la plupart du temps dans cet épisode nous pensons que le centurion avait simplement confiance en Jésus, en son pouvoir de guérir ou qu'il avait une sorte d'attachement profond à la personne du Christ. Mais quand on regarde le texte de plus près, c'est véritablement un acte de foi dans ce qu'est le Christ qui est prononcé à ce moment-là.
Que dit le centurion ? Il dit au Seigneur : "Ce n'est pas la peine que tu te déplaces, parce que moi-même j'ai reçu l'autorité de quelqu'un d'autre. Je suis un subalterne", cela veut dire, j'exerce le pouvoir parce qu'il m'a été délégué à travers les différents échelons de la vie militaire, il m'a été délégué de la part de l'empereur et quand je commande à quelqu'un, c'est au nom de l'empereur que je le fais : "je dis à un soldat :"Va !" et il va, à un autre "Viens !" et il vient. Par conséquent, moi, je ne suis pourtant pas grand-chose dans tous les échelons de la hiérarchie, cependant l'autorité avec laquelle je commande n'est pas la mienne. Elle vient de celui auquel je suis soumis et qui est l'empereur. Et c'est cela qui fait l'étonnement du centurion c'est précisément que ça marche. Quand il commande à sa cohorte, d'une certaine manière c'est comme si c'était l'empereur qui commandait. Par conséquent, en faisant cette démarche, le centurion met Jésus dans la même situation que lui.
Il dit à Jésus : au fond, le pouvoir que tu as ne vient pas de Toi-même, il vient d'ailleurs. Comme pour moi mon propre pouvoir vient de l'empereur, ton pouvoir à toi vient du Père. Par conséquent si ce pouvoir vient du ciel, ce n'est pas nécessaire que tu te déplaces. C'est donc bien un acte de foi, en même temps dans le mystère de la relation du Christ, évidemment il ne la comprend pas dans toute sa profondeur, mais il la pressent, il pressent que si le Christ agit, ce n'est pas de Lui-même qu'il agit, mais c'est véritablement la puissance miséricordieuse de Dieu le Père qui est manifestée dans le Christ, c'est-à-dire qu'il pressent cette intimité qu'il doit y avoir entre le Père et le Fils pour que le Fils puisse accomplir de si grandes œuvres. Et il comprend aussi que le pouvoir du Père, c'est un pouvoir d'amour. Il n'est même pas nécessaire que ce pouvoir aille se manifester jusque dans la présence à la maison car le centurion ne se sent pas digne d'accueillir Jésus chez lui, il est sans doute un païen. Mais, même si le Christ ne vient pas jusqu'à son serviteur qui souffre, cependant l'amour du Père qui est répandu à travers toute la création pourra le rejoindre.
Ainsi le Christ est admiratif devant cet acte de foi, car de la part d'un païen, c'est le premier pressentiment du fait que le Christ a été investi d'une mission qui ne vient pas de Lui-même mais qu'Il tient du Père. C'est une sorte de pressentiment obscur du mystère même de la vie intime, des relations entre le Père et le Fils et que tout ce que fait le Fils n'est qu'obéissance au Père, accomplissement de la volonté du Père, réalisation des promesses, du bonheur et de la bénédiction dont le Père veut combler l'humanité.
Que ce centurion nous apprenne, par sa foi, à ne pas comprendre Jésus d'abord comme un thaumaturge sur lequel on pourrait mettre la main pour se l'accaparer, pour le prendre chez soi et lui faire faire ce qui nous plaît ou ce qu'on veut. Mais au contraire, que cette foi en Jésus ne soit pas cette main mise sur le Fils de Dieu mais plutôt cette large ouverture de notre cœur, cette mise à disposition de tout notre être au dessein bienveillant du Père, dans la confiance que Lui ne peut vouloir pour nous que du bien.
AMEN