BÂTIR SUR LE ROC
Dt 6, 4-13 ; Mt 7, 21-29
(12 août 1983)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Sinaï
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âtir sa maison sur le roc", voilà quelque chose de facilement compréhensible et cette page d'évangile fait partie des morceaux choisis que l'on propose aux fiancés pour leur messe de mariage et elle est souvent choisie par eux. Je soupçonne que ce soit parfois dans un sens un peu humain et pratique. Ils pensent que bâtir sur le roc cela veut dire bâtir sur une sérieuse préparation, sur un engagement ferme, sur une bonne connaissance de l'un et de l'autre. Bien entendu dans l'évangile, et pour nous chrétiens, nous voyons tout de suite que si cela n'est pas faux la signification de cette parabole est plus profonde. Le roc sur lequel il faut bâtir, le Christ le dit explicitement, c'est la Parole de Dieu ou plus exactement c'est Dieu Lui-même.
Il est fréquent, dans la Bible, que Dieu soit appelé rocher, roc. C'est un des qualificatifs qui est très souvent donné à Dieu par les psaumes ou d'autres textes de l'Ancien Testament. Dieu est le rocher. Ce n'est pas la dureté que l'on signifie par là, mais la solidité, la fermeté. Une des caractéristiques de Dieu c'est de ne pas être fluctuant, de ne pas être changeant, de ne pas être un jour oui, un jour Non. Dieu est toujours là, toujours présent, toujours fidèle. Le roc de Dieu sur lequel nous bâtissons notre vie c'est la fidélité de Dieu.
Là encore quand nous parlons de fidélité, nous sommes souvent portés à penser d'abord à notre fidélité, chose bien difficile d'ailleurs. Etre fidèle à ses engagements, être fidèle au Seigneur, être fidèle à son épouse ou à son époux, voilà des choses humainement bien difficiles, car nous sommes des êtres changeants, nous sommes dans le temps par la connaissance humaine et donc ce à quoi nous nous engageons aujourd'hui qui sait comment cela nous apparaîtra demain ? qui sait ce que deviendra entre temps cet être auquel nous nous sommes liés, il aura bien changé sous peu. Effectivement le problème de la fidélité, si nous l'envisageons uniquement à partir de notre fidélité, est un problème peut-être pas insoluble mais en tout cas très difficile à résoudre. Comment être fidèle alors qu'on est un être fragile ? Mais la fidélité ce n'est pas d'abord notre fidélité, c'est la fidélité de Dieu.
Si souvent il nous arrive de perdre pied, de nous égarer, d'être infidèle à ce à quoi nous avons donné notre vie, c'est précisément parce que nous ne nous sommes appuyés que sur nos capacités de fidélité qui sont bien faibles. Etre fidèle, c'est compter sur la fidélité de Dieu, c'est s'appuyer sur la fidélité de Dieu. C'est Lui qui est le roc. C'est Lui qui est le Rocher et Dieu, Lui, est toujours fidèle, c'est-à-dire il est toujours présent, il est toujours près à condition que nous sachions nous tourner vers Lui, que nous sachions nous appuyer sur Lui, que nous sachions compter sur Lui. Cela Dieu ne peut pas le faire à notre place. Dieu ne peut pas nous forcer la main. Dieu ne peut pas nous obliger, mais si nous savons nous tourner vers Lui, il est toujours là.
C'est aussi une des erreurs que nous commettons fréquemment, en particulier dans la prière, mais plus généralement dans toute notre vie chrétienne, nous avons l'impression que Dieu est présent quand nous pensons à Lui. Et quand nous l'oublions il nous semble que Dieu n'est pas là, que Dieu s'est absenté, comme si c'était notre psychologie qui, à volonté, faisait venir ou partir Dieu. Mais Dieu est toujours là, Dieu est toujours présent. C'est la même chose de dire qu'il est toujours fidèle. Dieu est en permanence au cœur de notre cœur, au cœur de notre vie. Dieu est en permanence à côté de nous, en nous, nous entourant de toute part. Et même si nous ne pensons pas à Lui, il ne cesse pas pour autant d'être présent et de nous soutenir par sa force, par son amour, par sa fidélité. Alors si quelquefois nous qui dérapons de notre fidélité, faute d'en être conscient, faute d'y penser, il ne faut pas croire que, faute d'en être conscient cette présence de Dieu s'évanouirait. Je crois que cela est très important pour objectiver notre prière. Quand nous prions ce n'est pas une sorte de conviction que nous essayons de nous imposer que Dieu doit être là parce que nous y pensons très fort. Non, Dieu est toujours là et prier c'est simplement ouvrir les yeux sur un réel qui n'a pas changé et qui est toujours à notre portée, à notre disposition.
C'est pourquoi nous pouvons vraiment compter sur la fidélité de Dieu et le mot "Amen" que nous disons si souvent dans la liturgie, cet "Amen" que vous allez dire tout à l'heure en recevant le corps et le sang du Christ, veut dire solide, solide comme le roc. L'Amen c'est la caractéristique de Dieu. Dieu est "Amen" et saint Paul dira que le Christ a été "Amen" pour Dieu, en notre nom à nous tous. Oui Dieu est "Amen", c'est-à-dire Dieu est solide, solide comme un roc. Il est vrai. La vérité de Dieu c'est cette solidité, cette fidélité. Et quand nous disons "Amen", nous adhérons à cette force de la présence de Dieu. Quand nous répétons si souvent au cours de nos prières ce mot, essayons d'y mettre toute sa profondeur, toute sa signification et chaque fois, de nous enraciner, de nous fonder sur cette présence et cette fidélité.
AMEN