LA PORTE ÉTROITE
Dt 4, 32-40 ; Mt 7, 13-20
(9 août 1983)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Sinaï : Porte de la confession
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eux paraboles dans cette brève page d'évangile, celle de la porte étroite, celle de l'arbre et du fruit. Je m'arrêterai sur la première. On s'en est beaucoup servi dans un enseignement catéchétique qui n'est pas tout à fait fidèle à l'évangile. Souvent on a conclu de ces paroles du Christ que, pour être conforme à la volonté de Dieu, pour entrer dans le Royaume, il fallait se garder de tout plaisir, de tout ce qui peut nous donner joie et satisfaction et que c'est seulement quand l'effort coûte et que quand ce que nous faisons est aride ou manque complètement d'intérêt, que c'est seulement à ce moment-là que nous sommes sur le chemin du Royaume. Et de la sorte on risque d'aboutir à des chrétiens qui ont peur de la joie, qui ont peur de l'épanouissement, à des chrétiens qui ont l'impression qu'ils ne sont conformes à la volonté de Dieu que quand ils sont tristes ou quand ils font quelque chose qui leur déplaît ou qui leur coûte. D'où, peut-être ces reproches qu'on adressait aux chrétiens de ne pas avoir l'air heureux, de ne pas avoir l'air joyeux. D'où ce reproche fait aussi au christianisme de conduire souvent ses adeptes à un certain masochisme. Ce n'est pas de cela que l'évangile nous parle.
Quand le Christ nous dit que la porte est étroite pour entrer au Royaume, ce n'est pas pour nous inviter à être triste et à ne faire que des choses qui nous rebutent. Ce que le Christ veut dire, c'est que nous risquons de nous embarrasser, de nous alourdir, de nous remplir de choses inutiles qui vont empêcher notre marche vers le Royaume. Si la porte est étroite, c'est parce que nous devons y passer légers, y passer minces, sans être surcharges de tous ces biens, de toutes ces sécurités, de tout ce confort, de toutes ces choses auxquelles nous attachons une valeur excessive et qui, finalement, nous empêtrent et nous embarrassent. Mais le détachement, un certain dépouillement, la légèreté du cœur et de l'âme ne sont pas incompatibles avec la joie, bien au contraire. Ce n'est pas en accumulant les sécurités et les richesses que nous devenons vraiment heureux et joyeux. Souvent, au contraire, tout ce confort que nous accumulons autour de nous ne sert qu'à nous rendre craintifs, peureux. Nous avons peur qu'on nous arrache ces biens et bien loin d'y trouver le bonheur, nous y trouvons souci, inquiétude.
En réalité c'est cette légèreté du cœur, cette disponibilité, cette ouverture du cœur qui nous rend accessible à toute parole de Dieu, à toute invitation de Dieu. C'est cela qui doit donner à notre cœur sa joie et son allégresse. Ce n'est pas en nous rattachant aux choses de la terre et en nous engluant en elles que nous trouverons le vrai bonheur. C'est au contraire en acceptant un certain dépouillement, une certaine pauvreté qui n'est pas nécessairement misère, manque qui nous priverait de façon grave, mais qui est dépouillement de tout ce qui est inutile. Alors, si nous devons passer par la porte étroite, sachons aller à l'essentiel, cet essentiel qui est la paix de Dieu, qui est la parole de Dieu. Et, pour pouvoir répondre plus allégrement à cet appel de Dieu, ne surchargeons pas notre cœur de soucis inutiles et d'attachements qui ne serviraient qu'à nous alourdir.
AMEN