LA PARABOLE DES TALENTS
Ap 11, 15-12, 6 ; Mt 25, 14-30
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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e ne sais pas pourquoi cette parabole des talents et des serviteurs qui ont à les gérer nous fait un peu peur, parce que elle est interprétée comme un règlement de comptes entre Dieu et les hommes. Règlement de comptes dans tous les sens du terme puisqu'il s'agit non seulement de rendre compte de sa gestion, mais où on l'a l'impression que, à la fin, Dieu règle les comptes au dernier serviteur en le traitant de serviteur inutile et qu'Il ne veut plus le voir. Pourtant, la clé même de cette parabole n'est pas dans la crainte qu'elle pourrait nous inspirer au sujet de Dieu. Elle est au contraire dans une sorte de goût un peu excessif de l'esprit d'entreprise. Je m'explique.
Ce qui fait que les deux premiers serviteurs entrent dans la joie de leur maître, c'est parce qu'on leur a confié des biens. On leur a confié des talents. Et ce qu'ils ont compris, au moment même où on leur faisait confiance, c'est que, puisqu'ils sont investis de la confiance du maître, il faut qu'ils s'en montrent dignes. Or, puisque ce maître a pris le parti de confier sa gestion, de donner généreusement à ces serviteurs, il faut que ces serviteurs imitent la générosité de leur maître et qu'eux aussi soient de bons gestionnaires, non pas d'abord, pour rendre des comptes mais pour imiter leur Dieu. Puisque, par la création, Dieu nous a donné la vie, l'existence et qu'Il nous l'a donnée en surabondance, il faut que nous, les serviteurs, nous qui sommes créés, qui sommes créés pour être les serviteurs de Dieu, nous vivions le même mystère de la surabondance dans la création, dans l'imagination, dans le don de soi et dans la générosité.
Et c'est précisément, à partir du moment où nous vivons dans la peur de Dieu, qu'à ce moment-là tout se bloque. A partir du moment où le serviteur n'imagine pas que son Dieu, son maître lui a confié des choses avec générosité, mais au contraire avec une sorte d'esprit de lucre, de gain et de calcul, à ce moment-là cet homme ne voit pas d'autre issue que de geler l'argent, de ne plus faire preuve d'aucune générosité, de le cacher, de ne plus prendre aucun risque pour Dieu, et il s'expose à paraître, un jour devant le visage de son Dieu qu'il s'est lui-même forgé. En effet, si nous avons peur de Dieu, c'est que nous en faisons un Dieu terrible, et à ce moment-là, nous ne verrons de Dieu qu'une face terrible et qui nous fera peur.
Au fond, le troisième serviteur, ne rencontre jamais Dieu que sous le visage sous lequel il voulait le rencontrer. Déjà, inconsciemment, au cours de sa vie, au cours de sa gestion, il s'était formé l'image d'un Dieu terrible et Dieu, malgré son amour et sa miséricorde ne pourra pas lui renvoyer une autre image que celle que cet homme s'était déjà forgé dans son cœur.
Ainsi pour nous, frères, le message de cette parabole est clair et simple. Puisqu'il nous a été confié de grands talents, et ces grands talents ce n'est pas seulement notre personnalité, comme on le dit tout le temps, là aussi c'est une réduction singulière de cette parabole, nous croyons que les talents c'est simplement nos capacités humaines, mais les talents qui nous sont confiés, c'est d'abord l'évangile, c'est d'abord le don de Dieu, la grâce, c'est le corps et le sang du Christ qui nous sont confiés, et ceci n'a pas de mesure et n'a pas de prix.
Puisque nous avons été dotés si généreusement de l'évangile, de la Parole, de la grâce de Dieu vivant en nous, n'hésitons pas à les faire fructifier, non seulement dans notre vie mais surtout dans la vie de nos frères. Soyons de véritables gestionnaires de la grâce de Dieu, des gens qui n'ont pas peur de risquer, qui n'ont pas peur d'entreprendre, qui ne vivent pas dans cette espèce de frilosité et de peur terrible de rendre les comptes et de ne pas satisfaire le plan quinquennal. La grâce de Dieu ne peut pas être planifiée. C'est cela la grande leçon de cette parabole. Il n'y a pas de planification, il n'y a que le don de soi la générosité de la liberté qui puisse faire vivre et fructifier ces talents vivants que sont la grâce et l'amour de Dieu.
AMEN