PIERRE D'ACHOPPEMENT

Is 8, 9-17 ; Mt 14, 13-21

(20 juillet 1982)

Homélie du Frère Michel MORIN

Olympie : pierres rejetées

L

 

e texte d'Isaïe qui nous a été donné en première lecture est essentiellement messianique puisqu'un certain nombre de ses éléments seront repris, seront développés dans l'évangile. Il est d'abord question de ce "Dieu qui est avec nous", ce Dieu qui est avec nous et qui rend inconsistant, inutile et fragile tout le déploiement des forces du monde, à travers les différentes nations. Ce Dieu avec nous, c'est l'Emmanuel, c'est la présence de Dieu au milieu de son peuple. Et dans le chapitre qui précède celui-ci Isaïe avait annoncé ce signe qu'une jeune fille enceinte allait enfanter un fils et que ce fils s'appellerait Emmanuel. Cet Emmanuel c'est le fils de Marie, c'est le Fils de Dieu, c'est Jésus le Christ, Dieu avec nous qui rend caduques, qui rend définitivement usées toutes les oeuvres du monde.

Dans la deuxième partie de ce texte, il est également question de Dieu comme sanctuaire et comme pierre d'achoppement, comme Rocher qui fait tomber les deux maisons d'Israël, "rocher sur lequel beaucoup tomberont et se briseront" . Ce thème, ce symbole, ce signe du rocher a été souvent développé dans l'évangile.

Rappelez-vous, dans l'évangile de Luc, la prophétie de Siméon qui annonce à Marie que cet enfant qu'elle porte, qui est le Dieu avec nous "amènera la chute et le relèvement d'un grand nombre et qu'Il sera signe de contradiction".

Rappelez-vous aussi, dans l'évangile de saint Matthieu, à la fin de la parabole des vignerons homicides, au chapitre 21, est cité ce verset du psaume 118 : "La pierre rejetée des bâtisseurs est devenue la pierre de faîte, est devenue la pierre d'angle". Cette pierre qui est le Christ, qui est la présence de Dieu avec nous.

Et dans l'épître aux Romains, l'apôtre Paul, écrit : "Voici que je pose en Sion une pierre d'achoppement et un rocher qui fait tomber, mais ceux qui croient en Lui ne seront pas confondus."

Et dans sa première épître, l'apôtre Pierre reprendra également ce thème.

Ainsi, pour nous, ce Dieu Emmanuel, ce rocher qui brise les portes de la mort, ce rocher devant lequel s'écroulent toutes les forces du mal, c'est la présence de Dieu, c'est le Christ, c'est sa chair et son sang qui, sans cesse, sont donnés pour fonder et sceller notre vie sur la présence de Dieu. Et c'est de cette vie, c'est de cette présence de Dieu que nous vivons chaque jour dans l'espérance de la contempler. Cette espérance est déjà pour nous plus forte, plus vivante et plus précise qu'au temps du prophète Isaïe. Lui-même confiait à ses disciples : "J'attends le Seigneur. Il cache sa face à la maison de Jacob. En Lui j'espère."

Depuis que l'Emmanuel est venu, depuis que Dieu s'est manifesté au milieu de nous, depuis qu'Il a fondé son Église sur la pierre de son corps ressuscité, nous avons vu la face de Dieu dans la maison de Jacob, nous avons vu son visage qui s'est découvert pour nous dans celui du Christ Jésus. Et nous attendons, maintenant, comme le prophète Isaïe, de contempler dans l'éternité, ce même visage de Dieu qui nous a été donné dans cette pierre qu'est le Christ, dans cette pierre de fondement, peut-être aussi pour nous, dans notre propre vie, signe de contradiction, signe de difficulté, mais qui est toujours, si nous le voulons bien, fondement et sécurité.

 

AMEN