LE GRAIN DE SÉNEVÉ

Is 3, 16-24 ; Mt 13, 31-35

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

La graine était si petite

M

 

a bouche parlera en paraboles, elle proclamera des choses cachées depuis la fondation du monde." Frères et sœurs, le langage des paraboles est effectivement un langage en apparence très simple, presque enfantin, un peu naïf, mais en réalité, c'est un langage d'une profondeur insoupçonnable.

En effet, lorsque Dieu se sert de nos mots humains, de nos images humaines, de notre imaginaire humain, Il le prend et Il y fait resplendir la profondeur même de son mystère. C'est ainsi que pour le Christ, lorsqu'Il devait parler à ses disciples, sur les chemins de Galilée, n'importe quel épisode, n'importe quel évènement parce qu'Il le voyait avec la profondeur de son regard, devait immédiatement lui parler du mystère du salut des hommes, de sa mission ou de l'amour de son Père. Pour nous autres, c'est très difficile, mais pour le Christ, c'était comme sa nature, qu'au moment même où Il voyait un semeur immédiatement Il pensait à sa mission d'homme, de Fils de Dieu fait homme, fait Parole humaine pour jeter la Parole de Dieu dans le cœur des croyants. Lorsqu'Il voyait une femme pétrir la pâte, dans les bourgs et les bourgades de Galilée, Il pensait au mystère de son ensevelissement dans la mort. Et lorsqu'Il voyait un arbre, lorsqu'Il voyait les fleurs des champs, tout cela lui parlait de Dieu, infiniment plus que pour nous. Lorsque nous-mêmes nous nous émerveillons devant la nature, lorsque nous nous émerveillons devant les fleurs, les beautés de la création, nous soupçonnons quelque chose de la puissance de création de Dieu, mais en réalité, nous ne faisons que projeter dans un champ qui reste obscur pour nous, dans une vision qui reste celle de la foi, tandis que pour le Christ, lorsqu'Il parlait des choses les plus simples et les plus banales de l'existence, Il en parlait de telle sorte que les gens étaient émerveillés parce que, à travers ces choses toutes simples, Il faisait véritablement resplendir tout le mystère de son amour pour son Père et de l'amour du Père pour nous, manifesté dans le salut qu'Il nous apportait. Et c'est pour cela que j'aime tant cette parabole du grain de sénevé.

Quand on y pense, cette parabole que Jésus a expliquée en quelques lignes, contient absolument tout le mystère du salut. C'est d'abord le mystère de cette générosité de Dieu qui sème la graine dans le champ. C'est le Christ qui vient, par l'Incarnation dans le sein de Marie, C'est le Christ qui est jeté comme un homme qui est jeté au milieu d'une foule immense qui l'entoure et qui va, petit à petit, être Lui-même ce Royaume qui va grandir, qui va prendre racine. C'est aussi tout le mystère de l'ancien Testament, de cet enracinement de Dieu dans notre humanité, c'est tout le mystère que nous vivons encore aujourd'hui, j'allais dire la vie obscure de Jésus en notre cœur encore aujourd'hui, l'enfance de Jésus dans notre cœur qui aujourd'hui encore se plonge et prend racine en nous, au plus intime de nous-même, sans que la plupart du temps nous ne nous apercevions de rien, comme le grain lorsqu'il est planté dans la terre pousse, germe, dans un travail obscur où apparemment rien ne se passe, pour ceux qui sont sur la terre et qui ne peuvent pas voir dessous ce lent processus de maturation et de germination.

Puis, c'est l'arbre qui pousse, c'est le tronc qui sort de terre, c'est le mystère de la Résurrection après que le Christ ait été enfoui dans la terre comme le blé pour y mourir. C'est le tronc qui se lève, c'est le Christ qui ressuscite, qui jaillit du tombeau et qui se manifeste à ses disciples. C'est le Christ en tant que, aujourd'hui encore, Il construit son Église comme une demeure solide, solidement enfoncée, enracinée en terre, sur le roc et qui la dresse, comme une belle demeure, dans laquelle Il prend plaisir à venir visiter les enfants des hommes et y prendre sa joie.

Et surtout il y a ce moment extraordinaire que l'on devine lorsqu'on regarde un arbre depuis la terre. C'est ce mystère des branches qui s'épanouissent et qui se mêlent et qui se tissent dans le ciel. C'est le mystère de l'Ascension du Christ, de sa présence qui récapitule toutes choses en Lui. Les oiseaux du ciel qui vont nicher dans ses branches, ce sont les anges, c'est nous, qui petit à petit, au fur et à mesure que nous grandissons dans la Parole du Christ, nous mettons à voler vers le ciel et petit à petit à prendre repos dans ces branches du Christ qui a étendu les bras sur la croix et qui a constitué cet arbre énorme qui est l'arbre du Royaume nouveau dans lequel toute la création sera récapitulée.

Ce qui est beau dans ces branches, c'est qu'à la fois elles sont du ciel parce que l'arbre ne vit que par ses branches qui sont comme son poumon respiratoire, qui vivent dans l'air, l'arbre a toujours quelque chose d'aérien et en même temps cet arbre a quelque chose de profondément terrestre, enraciné.

Ainsi du Royaume de Dieu comme le Christ a commencé à le fonder et à le bâtir pour nous. Il est à fois fait de son humanité, plantée, enracinée dans la terre, mais qui s'épanouit dans le ciel. Ainsi de notre propre vie aujourd'hui. Encore hommes de cette terre, et parfois nous le sentons cruellement par l'expérience de notre péché, nous sommes déjà des citoyens du ciel, comme le dit l'apôtre, parce que déjà nous pouvons timidement voleter et nous abriter dans les branches de l'amour du Christ ressuscité et glorifié pour les siècles.

 

AMEN