LE BON GRAIN ET L'IVRAIE
Is 1, 11-17 ; Mt 13, 24-30
Homélie du Frère Michel MORIN

Avoine
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n pourrait appeler cette parabole, celle de l'optimisme foncier de Dieu. Dans le champ du monde, qui est en même temps le champ du Royaume, depuis le début a été semé quelque chose de bon. Toutes choses, toutes réalités, jusque dans leur matérialité sont bonnes, car elles viennent de ce semeur qui tire de son trésor uniquement du bon et du bien.
Mais, dans ce champ, il y a un ouvrier des ténèbres, celui qui n'agit pas dans la lumière, celui pour qui la lumière n'est pas chose bonne, et qui, par conséquent traite tous les choses bonnes comme des réalités mauvaises. C'est ainsi que dans ce champ du monde où Dieu a ensemencé sa propre bonté, par la création d'abord, puis par l'œuvre rédemptrice de son Fils, croît, en même temps l'ivraie, l'œuvre du mal. Il ne faut pas être grand clerc pour s'apercevoir que l'ivraie pousse plus vite, pousse mieux, et parfois, produit beaucoup plus de fruits que le bon grain. C'est une réalité inscrite désormais dans la nature que les mauvaises herbes poussent beaucoup plus facilement que le bon grain qui demande de l'attention, du soin et de la persévérance.
Devant cette réalité, où le mal peut parfois être extrêmement important, dans notre cœur, dans certaines circonstances de la vie du monde, nous pourrions nous sentir écrasés par l'abondance de cette ivraie dans le champ du Père. Ce champ que nous-mêmes nous essayons, avec nos pauvres moyens, de cultiver le bon grain, ou en tout cas, de faire en sorte qu'il ne se dessèche pas trop et ne soit pas trop improductif. Il faut regarder cette situation, non pas à ras de terre, mais du regard même de Dieu. Et la réponse du Seigneur est assez étonnante : "Laissez tout pousser ensemble !" Ne cherchez pas vous-même à juger ce qui est bien ou ce qui ne l'est pas. Vous savez qu'il y a du bon grain. Vous savez aussi qu'il y a de l'ivraie. Faites-vous les moissonneurs du bon grain en écoutant ma Parole. Et, dans la lumière de ma Parole, vous saurez, le jour venu, lorsque je vous le demanderai, faire ce choix, et ce choix c'est Dieu Lui-même qui le fait.
Dans notre monde, dans l'Église, il y a de l'ivraie, il y a des mauvais fruits, mais il y a toujours du bon grain même si celui-ci n'est pas apparent, même si celui-ci semble beaucoup moins important, même si celui-ci semble parfois desséché ou étouffé. Dieu est optimiste, Dieu sait que ce qu'Il a planté produira. Dieu veut que son champ produise un fruit engrangé pour la vie éternelle. Et il faut que, dans les situations les plus difficiles de notre vie, quand le mal nous accable, quelles que soient ses formes, ou quand nous nous faisons complices du mal, il faut croire aussi que, dans ce mal, il y a du bien, il y a du bon, que tout cela est parfois, inextricablement mélangé à notre regard, mais qu'au regard de Dieu, la différence est nette. Et Lui-même saura, à la fin des temps, faire ce choix et engranger, dans son Royaume, ces fruits qui déjà produisent aujourd'hui.
Que cette eucharistie renouvelle en nous cette certitude de l'optimisme de Dieu sur notre cœur à nous-mêmes, car Il a fait le cœur de l'homme, c'est Lui qui l'a tissé, c'est Lui qui l'a façonné. Que cette eucharistie développe en nous, ce regard optimiste sur le monde, surtout la nuit, surtout lorsqu'on a la certitude, que l'ennemi travaille alors que nous dormons, surtout lorsque nous nous apercevons que l'ivraie pousse plus vite et paraît être plus abondante que le bon grain.
AMEN